SIGNATURES Ce qu'elles nous révèlent...


Selon les graphologues, la signature révèle ce qu'il y a "de plus essentiel dans la personnalité profonde d'un individu ou, au contraire, dans certains cas, la vision que l'on a de soi et que l'on veut donner à autrui".

En comparant la signature de certains de mes ancêtres, je me suis rendu compte qu'elle avait varié, changé à l'occasion d'évènements heureux ou malheureux de leur vie, comme si elle avait été le reflet de leur personnalité ou de leur état d'âme du moment.

1 /
BEUZON Noël Dominique (1775-1833)
Cliquer sur la date soulignée pour découvrir le document de référence.

1797 en 1797
Signature rectiligne, soulignée d'un grand paraphe en forme de boucle finale, prénom et patronyme entiers (le "B" majuscule arrondi), à 22 ans, Dominique, 7ème et dernier enfant, est fier d'être le témoin à la naissance de son neveu Louis Dominique, fils de Louis, son frère aîné, héritier légitime de leur père. Sentiment d'orgueil, de vanité? Il veut être reconnu. Sa vraie signature se dessine déjà : ferme, oblique, dirigée vers la droite, vers l'avenir, la première lettre du prénom (toujours avec une majuscule) monte et dépasse (déjà) le patronyme (avec un B majuscule). Il ne sait ni lire ni écrire, sa signature est donc très importante pour l'affirmation de son "moi".
1803 en 1803
Acte et contrat de mariage : moment solennel où Dominique engage sa vie, ses deux prénoms (à la fois, ce sera rare!) sont réduits à des initiales, le "n" minuscule de "Noël" est dominé par le "D" majuscule de "Dominique" son prénom usuel qu'il a donné à son neveu en 1797. La boucle finale est plus "développée", plus haute, plus droite et se termine par un paraphe qui ne souligne que le patronyme, aux lettres obliques, plus grosses, que Dominique veut affirmer en tant que chef de foyer. Il est fier et heureux.
1806 en 1806
Le "D" et le "B" sont plus arrondis, plus souples, le patronyme "remonte" vers la droite tandis que la boucle finale, plutôt fournie, signe d'amabilité, vient le souligner, comme une main qui le porterait généreusement. Impression de légèreté, de sérénité, de bonheur : Dominique vient d'apposer sa signature au bas de l'acte d'achat de la maison de son beau-père "à titre de constitut et précaire" .
1808 18 février 1808
Dominique rembourse par anticipation la première quittance de l'acte d'achat "à titre de constitut et précaire" de la maison de Jean Truchot, son beau-père. Nous retrouvons la signature de 1797 mais plus élaborée : le "D" du prénom est plus grand et mieux dessiné, de même que la boucle finale. Détail curieux : le long paraphe qui souligne le patronyme est né de la lettre "q", la 7ème. Son beau-père signe en premier ("truchot père"), puis son beau-frère "françois" et sa signature s'étale à droite (respect de la préséance et pour les hommes de sa belle-famille). Il est fier de lui car il honore sa parole donnée
1815 en août 1815
Sa signature la plus haute de toutes, différente et nouvelle, est apposée au bas de la lettre datée du 19 août 1815 et adressée au Préfet à propos de la pétition pro-royaliste signée par certains de ses administrés. Le "D" est plus grand que le patronyme qu'il souligne d'un grand paraphe volontaire, unique, marque d'un caractère rigide et inflexible mais honnête et respectueux des règles sociales. Plus un prénom est grand, plus grande est l'affirmation du "moi". En cette circonstance, Il est "hautain", agressif, compliqué, très appuyé, Les lettres du patronyme sont très penchées, pointues, voire piquantes comme le "n" écrit comme un "u", et la boucle finale descend rapidement, signe d'indépendance et d'obstination, et enveloppe le mot "maire" qui semble sous la protection du patronyme. Blessé dans son orgueil et visiblement très en colère, Dominique défend vigoureusement sa fonction municipale. Sa signature est son "label social". Quel panache! Quelle personnalité!
1820 en décembre 1820
6 mois après le décès de son épouse, Dominique signe la déclaration de mutation : le "D" est méconnaissable, hésitant, évasif, sans forme, sans "force". Il s'effondre. Le patronyme est recroquevillé sur lui-même, refuse de se pencher vers la droite, vers l'avenir, les lettres sont bien formées, cependant, le "z" est plus long, la boucle finale plus arrondie. Son "moi" (le "D") est décomposé, accablé par la douleur. Et pourtant, le patronyme semble se redresser dignement sur la jambe du "z".
1832 en juin 1832
Partage anticipé des biens de son épouse : le "D" est formé d'un long trait tranchant qui pointe vers le haut comme une lame, comme le "B", grand et pointu, alors que le "z" s'allonge vers le bas et donne une hauteur exceptionnelle à l'ensemble.. Le patronyme est grand, sec et dru mais vigoureux et se termine par un paraphe plongeant et ample, signe d'indépendance et de refus instinctif. Dominique a signé très près du texte, au milieu de la page, d'une main ferme, déterminée, et dissimule mal son émotion, sa dureté de caractère. Sa signature domine celles, "descendantes", de "barillot" (toute petite, dont la barre du "t" trahit de l'animosité et une énergie mal maîtrisée), qui représente son épouse, Anne Beuzon, l'aînée, de Joseph puis de Philippe en-dessous.C'est la signature du patriarche (la dernière connue), hautaine et agressive.

.

Noël Dominique BEUZON a toujours cherché à s'affirmer; il voulait être reconnu pour ce qu'il était : fier, digne dans l'adversité, courageux et probe. Il devait être impulsif, émotif, nerveux, colérique et entier. Toutes ses signatures se terminent par une longue boucle vers la gauche, signe de troubles affectifs pendant l'enfance, d'un orgueil familial prononcé et d'une recherche du passé. Forte personnalité. Il a dû beaucoup aimer son épouse dont la mort prématurée à l'âge de 37 ans, peu après la naissance d'Agathe, leur 8ème enfant, a dû beaucoup l'affecter, de même que le départ de ses 3 enfants majeurs, Anne, Joseph et Philippe. Il devait être très attaché à l'esprit de famille et aux traditions ancestrales.

.

2 /
BEUZON Edmé Philippe (1810-1878)
Ce que nous révèlent ses signatures...Cliquer sur la date soulignée pour découvrir le document de référence.

1832 en juin 1832
Partage anticipé de la succession de sa mère : prénom et patronyme entier, comme son père, mais le prénom n'a pas de majuscule. Philippe veut affirmer son "moi". Il peine visiblement : petites lettres penchées vers la droite, fuyantes, très appuyées, tranchantes. Il se reprend à 2 fois pour écrire le "B" (qui fait "le dos rond") de son patronyme . Sa signature est nettement descendante. Il est nerveux, pessimiste, comme mal à l'aise vis à vis de son père. Ce partage a dû se dérouler dans une atmosphère familiale tendue comme en témoignent les signatures des comparants.
1833 en décembre 1833
Vente aux enchères publiques des biens paternels : le prénom est nettement plus marqué (sans "e" final), de même que le patronyme, en retrait, dont le "B", pointu et agressif, est un héritage paternel, tout comme la boucle finale qui est nouvelle et descend assez bas. Sur le document référent, sa signature se trouve juste au-dessous de celle de "barillot" (appuyée, hésitante et serrée contre le texte) qui prétend maintenir la position de son épouse, l'aînée. Philippe a signé avant son frère Joseph, plus âgé que lui, dont la signature ("montante", plus souple) se retrouve à l'écart, à droite. "Philippe" veut affirmer son "moi", il prétend même vouloir remplacer le père défunt. Il veut s'imposer. Il signe donc d'une main nerveuse, lourde, autoritaire.
1834 (1) en janvier 1834
Vente de certains biens pour acquitter les dettes du père défunt : Ecriture plus fine, prénom prédominant (le "h" et le "l" sont hauts) qui monte et descend (indécision?), le patronyme reste ferme, constant et penché vers l'avenir. Si la signature de "barillot" (toujours "descendante" et menue ) défend sa position, celle de Philippe la suit de très près, tout contre le texte (signe d'immaturité?). Quant à celle de Joseph, ample, uniforme, scolaire et descendante, elle est reléguée bien en-dessous...Philippe, plus serein mais indécis, cherche toujours à s'imposer à la fratrie.
1834 (2) en janvier 1834
Les signatures de Joseph et Philippe sont optimistes (plutôt "montantes") : celle de Joseph, l'aîné, hésitante mais grande, domine cette fois-ci celle de Philippe qui se fait plus fine, plus discrète et se termine par une boucle plongeante, longue et généreuse. Quel changement tout à coup, à quelques jours près! En fait, les deux frères viennent de signer le mandat de "plein pouvoir" aux tuteurs de leurs deux soeurs mineures. Philippe a fait l'honneur à Joseph de signer en premier. Il y va de la responsabilité de l'aîné masculin. Philippe, manipulateur? Ils se sentent "libérés" d'un grand poids, sans bourse délier. 31 janvier 1834 : Joseph va suivre son frère à Paris, une nouvelle vie commence!
1873 novembre 1873
Exactement 40 ans plus tard, qui pourrait reconnaître Philippe dans cette signature? Celui-ci, "de Villiers-le-Sec", vient de demander à Paris une copie conforme de l'acte de naissance de sa fille Marie-Louise qui veut se marier à Saumur. Après la Révolution de 1848 et l'échec de son aventure parisienne (conjugale, familiale et professionnelle), il est retourné finir ses jours dans son village natal, louant une maison voisine de celle de son père (Tiens donc!). Un long paraphe commençant par la lettre "e" (comme "Edmé" son premier prénom qu'il n'a jamais utilisé, à notre connaissance) souligne comme un aveu d'échec son patronyme squelettique aux lettres pointues et mal formées, mais qui a gardé néanmoins trace de sa boucle finale à la dérive. Quant au prénom de "philippe" , il est réduit à un petit "P" majuscule (c'est nouveau!) tout rabougri qui s'accroche dans le vide au patronyme...Philippe Beuzon peine à écrire, il a perdu de son assurance et son "moi" (le "P") n'existe presque plus, il lui reste son patronyme qui flotte dans le vide et le rappel de son premier prénom de naissance. Sa signature, devenue droite, "dans le présent", trahit un désarroi, le "flottement" de sa personnalité abîmée par la dureté de la vie, Il semble avoir perdu toutes ses illusions.

.

Des aspects communs de la personnalité de Dominique et de Philippe BEUZON, père et fils, se ressentent dans leurs différentes signatures : même volonté et même obstination à vouloir s'affirmer, s'imposer dans la famille, d'une main ferme, autoritaire et nerveuse. Tempérament probablement impulsif et entier. Cependant, Philippe ne semble pas avoir eu l'assurance et la fierté de son père. Ces deux fortes personnalités ont dû s'opposer.

.

3 /
BEUZON Joseph Séverin Henri (1808-1884)
Ce que nous révèlent ses signatures...Cliquer sur la date soulignée pour découvrir le document de référence.

1832
Partage anticipé de la succession de sa mère : prénom et patronyme entier, comme son père et Philippe,son frère cadet, mais le prénom n'a pas de majuscule. A 24 ans, sa signature est restée scolaire : il s'est appliqué à bien former ses lettres, plutôt souples et arrondies, rajoutant même un "e" à son prénom (en fait, une double boucle au "B" majuscule de son patronyme). Sa nature devait être généreuse et docile.
1879
Agé de 72 ans, au règlement de la succession de son frère Philippe, le 10 mars 1880, sa signature est méconnaissable, comparée à celle de 1832 : le "généreux" prénom de Joseph a fait place à deux modestes initiales "J-S" (Joseph Séverin). Il a dû peiner à écrire son patronyme aux lettres pointues, raides, irrégulières et tombantes. le "n" final semble "résister".Il a perdu de sa souplesse, de sa confiance en soi. Il doit être marqué par la vie et le chagrin. Joseph ressemblait à Philippe à bien des égards.

.

La signature de Joseph a presque toujours été précédée par celle de son frère cadet. Discret et influençable, il est devenu concierge (au service d'autrui!) après la révolution de 1848 et le retour de Philippe au pays. Cette rupture fut probablement pénible. Il mourut en 1884, dans sa 77ème année, "rentier-jardinier", comme son frère (!), dans le quartier St Jacques à Paris, entouré de sa famille et notamment de ses 2 fils Victor Philippe et Charles Julien. Léon Louis et Marie-Agathe, ses petits-enfants (transmission des prénoms...) sont enterrés avec lui dans la tombe familiale qui se trouve au cimetière du Père-Lachaise, près du Mur des Fédérés de 1870, de même que celle d'Agathe BEUZON (signature) (morte en 1897, aussi dans sa 77ème année), "petite soeur" de Joseph et de Philippe, dont la naissance causa le décès de leur mère, Agathe TRUCHOT, en 1820.

.