MARIE-LOUISE BEUZON Mon arrière-grand-mère paternelle (1839-1878)

Lieu où elle est née : Paris XII
Lieux où elle a vécu :Paris et Saumur, 49
Son ascendance généalogique
Arborescence et fiche familiales


Sa courte vie fut misérable, chaotique et cruellement marquée par des ruptures familiales, affectives et sociales qui l'ont brisée et tuée dans la fleur de l'âge.

Comment une jeune femme de 39 ans, mère célibataire de 6 enfants, a-t-elle sombré dans une telle déchéance ? Sur ses six enfants, nés "de père non dénommé", entre 1861 et 1869, un seul enfant lui a survécu, Philippe-Baptiste BEUZON, mon grand-père, qui lui fut probablement retiré très jeune et qu'elle n'a pas revu avant de mourir, alors qu'il n'avait que 14 ans.

Marie-Louise aurait pu être un personnage des romans noirs d'Emile Zola … Sa vie ressemble à celle de Gervaise Macquart

Lorsque Noël "Dominique" BEUZON, originaire de Courcelles, épousa Agathe TRUCHOT, les grands-parents de Marie-Louise, en 1803 à Villiers-le-Sec, dans la Nièvre, un contrat de mariage garantit les biens mobiliers et immobiliers hérités des 2 familles de laboureurs-marchands-propriétaires aisés. En 1806, ils s'installèrent dans la ferme familiale de Jean TRUCHOTqu'ils firent prospérer et eurent 8 enfants dont Philippe Edmé Pierre, né en 1810, le père de Marie-Louise.

Hélas, au décès brutal de son épouse en juin 1820, Dominique, dut gérer seul sa ferme de 7 hectares et élever ses 5 enfants mineurs. Joseph et Philippe, ses deux fils, prirent le métier de bourrelier et de tanneur, et non pas celui de cultivateur comme leur père.

Quand celui-ci mourut en 1833, âgé de 58 ans, tous ses biens furent vendus aux enchères. Philippe avait déjà émigré vers Paris. Joseph, son frère aîné, l'y rejoignit peu après. Ils s'installèrent comme marchands de charbon.

Le 28 octobre 1837, Philippe BEUZON, 27 ans, épousa Marie-Louise CAVERY, 15 ans et 6 mois.

Guy CAVERY, maréchal-ferrant, et Jeanne COURGY, tous deux originaires de Montbard, en Côte d'Or, s'étaient mariés en 1821, à Paris, Ce couple bourguignon avait émigré vers Paris à la Restauration. Ils habitaient 16 rue de Bercy, à Bercy, canton de Charenton.

Le 22 février 1839, naissait Marie-Louise BEUZON, mon arrière-grand-mère, 15 rue Traversière, près de la Place de la Bastille, dans le XIIe.

Sur les trois autres enfants qui naquirent, deux moururent en bas âge dont Valentine Agathe, le jour du 10ème anniversaire de Marie-Louise. Cruelle coïncidence.

Vers 1854, une mésentente conjugale et familiale et des difficultés rencontrées dans le commerce du charbon, au moment de la révolution de 1848, puis de l'avènement du Second Empire, ont probablement provoqué la séparation des parents de Marie-Louise. Après ce double échec douloureux, Philippe retourna seul à Villiers-le-Sec, dans la Nièvre.

Le 22 juin 1861, Marie-Louise mettait au monde son premier enfant, Louise Pauline, "de père non dénommé", au n° 3 rue d'Ormesson, dans le quartier chic de la Place des Vosges et de l'Hôtel Sully.

Dans quelles circonstances ? Probablement "séduite" par son employeur, jetée à la rue et rejetée par sa mère, elle commença une dramatique vie d'errance dans les rues de Paris, d'Est en Ouest, au hasard de rencontres fortuites et de petits boulots, dans le quartier de St Germain-des-Prés.

En 1863, elle accoucha de Marie-Louise, à la Faculté de Médecine et "déclara la reconnaître" au bout de 2 mois. Aucune trace de cette enfant ne fut retrouvée.

Peu après, elle fit la connaissance d'un certain Jean DAVIAU, rencontre qui devait complètement bouleverser sa vie.
.

Il était son voisin d'immeuble puisqu'il habitait avec sa famille au 22 rue des Fourneaux, dans le XVe. A Saumur, sa ville d'origine, il avait dû apprendre son métier de guillocheur, qui consistait à "orner bijoux et montres", par exemple, "de traits gravés en creux et entrecroisés". Le 4 mai 1864, naissait Philippe-Baptiste BEUZON, mon grand-père, "de père non dénommé", mais pas "inconnu", nuance subtile et révélatrice .En effet, un homme marié ne pouvait pas reconnaître un enfant né hors mariage. C'était très commode. Jean Daviau signa l'acte de naissance comme premier témoin.

En 1865, au 24 rue des Fourneaux, naissait Jeanne Louise BEUZON, "de père inconnu" (nouvelle nuance). Marie-Louise avait donc déménagé, pas très loin certes, mais on peut supposer que ses rapports de voisinage avec la femme de Jean Daviau s'étaient gravement détériorés. Curieusement, cette dernière mit au monde 2 enfants, à peu près aux mêmes dates.

C'est sur fond de crises de jalousie et de rivalité malsaine
que Marie-Louise dut commencer à s'adonner aux abus d'alcool en compagnie de Daviau et de 2 marchands de vins voisins et amis.

Finalement, en 1867, Jean Daviau quitta le domicile conjugal, en emmenant ses 3 enfants âgés de 8, 6 et 3 ans, et s'installa "en ménage" avec Marie-Louise Beuzon, 5 rue des Osiaux, dans le XXème arrondissement, à l'est de Paris. La raison en était simple : Marie-Louise était de nouveau enceinte. En 1868, Jean Daviau signait, comme témoin, l'acte de naissance de Madeleine Léontine BEUZON, « née de père non dénommé». Elle portait curieusement le prénom de la mère de Jean Daviau.

Cette suite d'évènements nous laisse à penser que Jean Daviau était le père présumé de Philippe-Baptiste, de Jeanne Louise et de Madeleine BEUZON.

En 1868, ils quittèrent Paris pour Saumur où ils trouvèrent à se loger, près de la gare, dans le quartier très insalubre et misérable de la Croix-Verte.

Jean Daviau devint serrurier et Marie-Louise chapeletière dans le quartier Est mal famé de Fenet, près de Notre-Dame des Ardilliers, au pied du château.

En 1869, Henriette BEUZON naquit à l'hôpital civil, "de père non dénommé". Marie-Louise "déclara ne savoir signer", ce qui était faux, et Jean Daviau ne l'assista pas comme témoin. Cette naissance ne devait pas être désirée et le couple ne devait plus s'entendre car au décès d'Henriette, en 1871, Daviau témoigna comme «voisin ». Cependant, au recensement de 1872, on peut lire textuellement ceci : « Jean Daviau, chef de famille, « Louise Bezon, sa femme », et Marie, Louis, Jeanne et Madeleine «ses » enfants »…

1872 fut une année noire pour cette jeune mère célibataire qui venait de rompre définitivement avec son amant et qui avait perdu 5 de ses 6 enfants en bas âge en l'espace de 8 ans, Philippe-Baptiste, le seul survivant, mon grand-père, ayant « disparu », n'ayant été déclaré nulle part (recherche en cours…).

En 1873 elle fit la connaissance d'un certain Léger PITOIS, chapeletier et père de 4 enfants, demeurant rue de Fenet. Sa femme mourut fin 1873. Marie-Louise et Pitois se marièrent en février 1874. Quelle précipitation !

En 1876, Pitois "changea de domicile". Marie-Louise fit plusieurs séjours à l'hôpital à cause de ses "excès alcooliques" successifs et graves, comme le prouve une ordonnance médicale.

En mars 1878, elle fut finalement internée à l'Asile d'Aliénés de Ste Gemmes-sur-Loire, 49 où elle mourut, indigente, le 7 septembre suivant, seule, abandonnée de tous, et dans d'affreuses souffrances comme en témoigne son dossier médical. Aux médecins qui l'avaient questionnée sur sa pauvre existence, elle avait seulement évoqué "ses chagrins de famille"…

Quelle déchéance ! Quelle détresse humaine !

Si vous voulez maintenant "en savoir beaucoup plus", je vous invite à lire l'histoire détaillée de sa vie telle que j'ai essayé d'en reconstituer certains évènements importants, à partir de documents recueillis auprès des Archives. J'y ai ajouté mes observations et réflexions personnelles inspirées de la psycho-généalogie.

En effet, j'ai voulu savoir non seulement comment mais aussi pourquoi sa vie fut un cauchemar. J'ai fait des découvertes passionnantes qui remontent jusqu'au XVIIIème siècle et même au-delà... Sur les 7 dernières générations étudiées, j'ai constaté des similitudes troublantes de situations familiales et sociales, d'évènements, de comportements qui semblent curieusement s'être répétés (et se répètent encore) à des dates relativement régulières et marquer des ruptures ou des "renaissances".

A chacun sa vérité…A chacun ses choix dans la vie...
Mais notre arbre généalogique veille sur nous...

Pour l'histoire circonstanciée et "expliquée" de la vie de Marie-Louise BEUZON, cliquer ici