OBSERVATIONS ET REFLEXIONS PERSONNELLES :

A partir de faits bruts découverts dans les documents d'archives, j'ai essayé de comprendre comment la vie de Marie-Louise Beuzon était devenue un enfer, après avoir soudain basculé au moment de sa majorité et plus précisément à la naissance de son premier enfant "né de père non dénommé".

J'ai essayé aussi de savoir pourquoi, avec peut-être quelques erreurs d'interprétation…

  1. Sa mère s'est mariée à 15 ans avec son père qui en avait 27. Avec cette différence d'âge et son manque de maturité, elle a dû souffrir d'une vie commune difficile, partagée avec un homme mûr au caractère bien trempé, d'origine paysanne et avide de réussite sociale.

    Avec son retour définitif « au pays » que je situe entre 1851 et 1854, Philippe Beuzon reconnaissait l'échec de son aventure parisienne tant professionnelle que conjugale et de sa vie familiale puisque le couple avait eu 4 enfants dont 2 étaient morts en bas âge.

    Mais peut-être ce départ cache-t-il un drame familial grave qui aurait traumatisé Marie-Louise pour la vie ?

  2. Incontestablement, elle a été perturbée par l'échec de ses parents et elle a peut-être ressenti de la culpabilité.

    Elle donna naissance à un fils. A-t-elle voulu le placer dans une communauté religieuse pour sauver sa descendance ou pour le soustraire à sa famille ? Mais, alors, elle a privé son fils d'amour maternel, décision lourde de conséquences. Ou, plus grave encore, en le prénommant Philippe comme son grand-père, n'a-t-elle pas voulu les enfermer tous les deux dans un monde de réclusion ?

    Son père lui en a-t-il voulu au point de ne pas reconnaître son petit-fils, Philippe-Baptiste, qui portait pourtant son prénom ? A-t-il jamais su qu'il était grand-père? Quelles que soient les raisons qui ont motivé son choix, elle a montré beaucoup d'obstination. Toute sa vie, elle a dû agir sous le coup de pulsions émotionnelles souvent violentes qui lui firent prendre des décisions irréfléchies.

    Impulsive, rancunière, très émotive, très "amoureuse" et finalement très malheureuse (comme son père et son grand-père) ...
    .
  3. Par exemple, après le départ de son père, elle a sûrement ressenti un de ses violents "chagrins de famille" évoqués à l'hôpital en 1878, de la colère voire de la haine envers les hommes, la Société en général et l'institution du mariage. Après tout, la présence d'un père n'était pas nécessaire.

    Les relations avec sa mère ont dû être très tendues, cette dernière n'ayant pas été capable de fournir à sa fille la "contre-clé" qui lui aurait permis de donner une signification émotionnelle à son mal-être causé par ces drames familiaux traumatisants.

    Elle a peut-être "séduit" les "pères non dénommés" de ses enfants. Qui sait si elle n'a pas voulu se venger indirectement de sa propre mère, quitte ensuite à abandonner ses enfants "aux bons soins de la société". Complexe oedipien au féminin?

    Déni d'existence de ses enfants? Aucune trace d'eux sur les tableaux de recensement, ni dans les séries des Archives réservées aux enfants assistés ou abandonnés.

    N'a-t-elle pas « reproduit » inconsciemment ce déni d'existence qui transparaît dans le règlement de la succession de ses parents et dont sa propre mère semble avoir été à l'origine ?

    Cette dernière, déçue dans sa vie de couple, aurait pu "refuser" ses quatre maternités successives et nier l'existence de ses enfants (dont deux décédés en bas âge). Marie-Louise, l'aînée, et Eugène, le petit dernier, leur seul fils, se seraient sentis "coupables d'exister".

    Quelle aurait été, alors, la part de responsabilité de chacun des parents? Après avoir étudié dans le plus petit détail les clauses des contrats de mariage et du règlement de la succession des parents et des grands-parents de Marie-Louise Beuzon, nous pensons que ce déni d'existence pourrait avoir été la cause profonde du drame qui a frappé la famille de Philippe Beuzon et de Marie-Louise Cavéry.

    Dans cette vie de dérive, chercha-t-elle désespérément à rencontrer un homme et à fonder une famille, nostalgique de celle qu'elle avait perdue ? A chaque fois, aurait-elle été déçue par les hommes? Sa propre mère, mariée à 15 ans, n'a-t-elle pas cherché chez un homme plus âgé qu'elle, l'image d'un père qui l'aurait déçue ou négligée ?

    Cela peut-il expliquer le fait étonnant qu'elle ait, à deux reprises, jeté son dévolu sur un homme marié et père de famille ?

    Fait du hasard ou tentation à caractère obsessionnel ? Quel acharnement!
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