GUILLAUME LECHAT Sieur de la Croix (1560-1570 - 1625-1626)

(étude composée de plusieurs parties qui suivent l'ordre chronologique de nos longues recherches
et qui se complètent donc au fur et à mesure de nos découvertes)
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Ah! Si Guillaume Lechat n'avait pas été "Sieur de la Croix" et si sa signature n'avait pas été aussi étonnante, nous n'aurions sans doute pas remonté notre recherche sur l'origine de sa famille jusqu'au Xème siècle! Quelle aventure!! Que de surprises!

Guillaume LECHAT, notre sosa 6656, le plus ancien de la lignée connu à ce jour, a probablement contracté mariage avec la "très honorable" Renée HERVE avant juillet 1594 puisque leur fille aînée présumée est née le 19 mars 1595. En outre, le 31 décembre de cette même année, Renée, présentée comme la "femme de Guillaume Le Chat", fut la marraine de Mathurine Gauthier, fille d'Estienne et de Renée Jambu et par ailleurs notre sosa 3349. Les HERVE et les LECHAT (patronyme toujours orthographié Le Chat, Le Chapt ou Le Cat sur le registre paroissial) entretinrent des liens étroits (témoins d'évènements familiaux, commerce de marchandises) avec quelques familles non moins honorables comme les Adeline, Belleau, Bruneau, Gillemer, Joubert, Jouin ou Trepreau pour ne citer que celles qui appartiennent à notre généalogie directe.

Le premier acte d'"existence" de Guillaume LECHAT, fut d'être parrain au baptême de Françoise Bruneau le 10 mai 1596, comme le révèle le plus ancien registre paroissial de Vernantes (1583-1637) qui ne concerne que les baptêmes puisque les premiers mariages et décès n'ont été relevés qu'à partir de 1649. On y apprend que "Sire Guillaume Le Cat" était "sieur de la croix" et qu'il avait une belle et grande signature, qu'il gardera à peu près inchangée jusqu'à sa mort que l'on peut situer entre le 3 octobre 1625 et le 3 novembre 1626, à Vernantes ou ailleurs puisque ni son acte de décès ni celui de son épouse ne sont mentionnés dans le premier registre paroissial, de même que l'acte de baptême de leurs deux derniers enfants, Jean et Marie, qui ont dû naître entre 1614 et 1625. Et pourquoi "Le Cat" et non "Lechat"? Double mystère.

C'est ainsi qu'il assista aux baptêmes d'une quinzaine d'enfants de Vernantes, parrain de la plupart d'entre eux, et, compte tenu des dates, nous pouvons donc attester de sa présence à Vernantes entre 1595 et 1617 [13] et en 1623 [12].

Cependant, nous n'avons relevé aucune trace de lui dans le registre entre 1583 et la naissance de sa fille Renée le 19 mars 1595. Etait-il originaire de Vernantes ou venait-il d'une autre contrée? Un mystère de plus à élucider au début de notre recherche.

Mais Guillaume Lechat (nous adopterons cette orthographe qui est celle de sa signature) n'était pas seul à Vernantes. En effet, le 13 janvier 1597, une certaine Françoise Lechat fut marraine de Françoise Esnault dont le parrain n'était autre que Guillaume et de Marguerite Gaultier, le 31 décembre 1595, avec Renée Hervé femme de Guillaume Le Chat. Est-ce la même Françoise qui épousa "honorable homme" Mathurin Gillemer dont elle eut 5 filles? Ce dernier fut parrain de Mathurine Lechat, fille de Guillaume, le 28 février 1601. L'alliance de ces honorables familles et la concordance des dates nous incitent à penser que Françoise et Guillaume étaient frère et soeur. Du passé de Françoise avant 1597, on ne sait rien non plus.

En trente ans de mariage, Guillaume et Renée eurent au moins 9 enfants (7 filles et 2 garçons) dont Jean, notre sosa 3328, qui épousa Perrine Esnault et Perrine, notre sosa 6799, femme de Pierre Trépreau. Quant à Renée, si nous connaissons le nom de sa mère, Renée CHAMAILLARD, avec certitude, et peut-être celui de son père, Guillaume, décédé à Vernantes avant 1585, il semble bien qu'elle ait eu 3 frères, René, notre sosa 13590, époux de Perrine Jouin, Claude et Marc, et une soeur, Françoise, notre sosa 15639, épouse de Jehan Bruneau. En l'absence du registre des mariages de cette époque-là, il nous est difficile voire impossible de confirmer ces filiations. Mais en analysant les évènements familiaux dans lesquels ces personnes sont citées comme témoins, nous avons la conviction d'avoir affaire à une fratrie très unie sinon à des cousins très proches. Guillaume Lechat et Renée Hervé, d'une part, Guillaume Hervé et Renée Chamaillard, d'autre part, (prénoms identiques!), apparaissent donc d'emblée comme deux couples importants de notre généalogie avec l'existence de plusieurs implexes qui ont engendré plusieurs liens de cousinage entre Prosper GOUJON et Marcelle RABOUIN, nos sosas 6 et 7, Olivier BEUZON étant notre sosa n°1.

Par ailleurs, nous avons découvert l'existence d'une autre famille LE CHAT (ou LECHAT) à Vernoil-le-Fourrier, à la même époque, grâce à des actes notariés (11). En effet, en 1626, Perrine, René et Simonne Lechat se partagèrent les biens de Guillemine, leur défunte soeur, situés autour du lieu-dit Le Tertreau et aussi à Vernantes, près des lieux-dits "La Chatterie" et "La Croix-au-Chat", aux noms très évocateurs....Curieuse coïncidence! , En outre, un certain Olivier Le Chat, né le 30 juin 1521, ne devint-il pas "sieur de la Chaterie" à Cantenay-Epinard, au nord d'Angers? Son fils et son petit-fils, tous deux prénommés Pierre, occupèrent des fonctions judiciaires importantes. René, fils unique, tailleur d'habits et propriétaire terrien, avait probablement reçu une bonne éducation comme en atteste sa belle signature. En l'absence de preuves irréfutables, nous restons persuadés que les Lechat de Vernoil et ceux de Vernantes devaient probablement appartenir au même arbre généalogique. Il nous restait donc à confirmer cette hypothèse et à découvrir le lien filiatif, à condition qu'il existât, entre Olivier Le Chat et Guillaume Lechat

Guillaume Lechat se plaisait à apposer sur le registre des baptêmes sa belle et ample signature, signe distinctif d'une bonne éducation. Il se plaisait aussi à rappeler qu'il était "sieur de la croix", marque de son appartenance à une honorable famille de propriétaires terriens implantée dans un lieu-dit appelé "La Croix". Il était "Messire Guillaume Le Chat dit la croix". Pourquoi pas ce lieu-dit appelé "La Croix-au-chat"? Déjà, dans le Haut-Moyen-Age, "la Croix-au-chat" aurait signifié que Le Chat, honorable personne, était le propriétaire de la terre, ou du fief où se situait "la Croix" ("La Croix- à- Le Chat" ou "Croix-au-Chat")

A défaut de carte plus ancienne, c'est sur le cadastre de 1825 de Vernantes que nous avons relevé les trois seuls lieux-dits existants contenant le mot "croix" : la "Croix-au-chat", au nord de Vernantes, sur la route de Mouliherne, "La Croix-Marchand" située au sud, sur la route de Blou, proche du lieu-dit "L'Hôpitau" et enfin la "croix de mission" au croisement de 4 "grands chemins". Une croix de pierre était présente à ces endroits.

La "Croix-au-chat"(7a) nous a paru d'emblée intéressante, bien sûr, car elle nous a fait penser à Guillaume Le Chat ou Le Cat, orthographe préférée des prêtres de Vernantes, d'autant plus qu'il existe non loin de cet endroit, à l'ouest, deux lieux-dits appelés "La Grande Chaterie" et "La Petite" Chaterie. Ainsi donc, Guillaume Le Chat le bien nommé peut fort bien avoir été "sieur de la croix" (et non "sieur de la croix-au-chat" évidemment!), lieu-dit qui existait déjà en 1626,[8] et propriétaire de la grande et de la petite "Chaterie". Peut-être est-ce lui qui a "créé" ce lieu-dit ?

Il en va de même pour "La Croix-Marchand" actuelle qui a bien pu s'appeler "La Croix" à l'origine et "La Croix-Marchand" (7b) par la suite, plusieurs familles exerçant cette profession s'étant installées à l'endroit que l'on appelle de nos jours "Rue des Marchands". . A la fin du XVIème siècle, Guillaume Lechat, "maistre marchand" était peut-être "sieur de la croix" , actuellement "la Croix-Marchand". Cependant, une famille Marchand existait à Vernantes à cette époque

Quant à la "croix de mission", elle ne représentait pas à proprement parler un lieu-dit mais plutôt une présence religieuse plus récente.

Et pourtant, il existait bien à Vernantes un lieu-dit "la Croix" puisque nous avons retrouvé la trace d'une certaine "Ouche de la Croix" dans le partage des biens de Guillemine Lechat en 1626 (10) qui est associée, dans l'acte notarié, aux lieux-dits "La Palfrayrie" et "La Chaterie" sur Vernantes. Tenait-il son nom d'une croix de calvaire ou d'un croisement de chemins ou les deux à la fois?

Finalement, notre étude nous laisse à penser que Guillaume Lechat était peut-être 'sieur de la croix" (au-chat), au nord de Vernantes, propriétaire de terres proches, sinon voisines, de celles de la fratrie Lechat de Vernoil, hypothèse qui rapprocherait sensiblement les deux familles.

Si l'on se réfère aux recherches de Célestin Port, archiviste angevin réputé (4), on s'aperçoit que ces deux lieux d'implantation possible de la famille de Guillaume Le Chat se situaient, au XVème siècle, sur "le Grand Chemin par lequel on allait du Gué du noier (au nord) à Saumur (au sud). Il évitait le bourg, coupait par le château de Jalesnes et "L'Hôpitau" et passait à l'ouest à la Fontaine-Fièvre", pour rejoindre ensuite le château de Brigné. Dans les deux cas, cette situation était très importante pour un "maistre marchand" comme Guillaume.

Mais le lieu-dit "La Croix" où habitait Guillaume Le Chat a peut-être tout simplement disparu ou n'a jamais existé à Vernantes, village où il s'est marié et a élevé sa nombreuse famille. Ce qui est étonnant et troublant c'est que les minutes des notaires de Vernoil et de Vernantes, Me Mathurin Chuche et Me Michel Delalande, ne contiennent aucun acte de vente, d'achat ou de location de biens immobiliers ni aucun contrat de rente au nom de Guillaume Lechat. Par contre, il fut témoin, par exemple, au contrat concernant René Marchant pour lequel il a apposé sa grande signature le 24 septembre1617. Dans cette dernière hypothèse, nous nous sommes alors posé la question de l'origine possible de ce lieu-dit "La Croix" (simple connotation religieuse témoignant d'un attachement personnel de Guillaume Lechat à la Croix du Christ?) et de celle de la famille de Guillaume Lechat, en dehors de Vernantes, en cette fin de XVIème siècle.

Dans cette perspective de recherche, la consultation des registres des paroisses limitrophes de cette époque ne nous a été d'aucune aide (9). En outre, nous n'avons découvert aucune trace de Guillaume au sein de l'"honorable" famille angevine d'Olivier Le Chat "sieur de la Chatterie", et en particulier de son fils Pierre Lechat, né le 24 février 1583, écuyer, sieur de la Touche-Bottereau à Chanzeaux et conseiller du roi, à l'époque où le maréchal de Brézé, neveu d'Eléonor de Maillé-Brézé épouse de Charles de Jalesnes, était gouverneur d'Angers. La présence de membres de la famille de Jalesnes à Angers en même temps que celle de Pierre Le Chat nous a alors incité à nous intéresser aux "honorables hommes" de Vernantes issus du même milieu social que Guillaume et avec lequel ils partageaient des liens familiaux et la même profession de marchand. Quels rapports avaient-ils tous avec les seigneurs de Jalesnes?

Nous avons alors fait le rapprochement entre les lieux-dits actuels "La Croix-Marchand" et "La rue des Marchands" avec le hameau voisin de "L'Hôpitau" dont la ferme principale appartient à Gilberte GOUJON, fille d'Angèle Lechat, notre sosa 13, et descendante directe de Guillaume. Nous avons donc entrepris une recherche particulière sur ce lieu-dit au nom bizarrement orthographié et à la signification pour le moins étonnante compte-tenu de sa localisation. Un acte notarié découvert aux Archives départementales de Maine-et-Loire nous a appris que la partie la plus ancienne de la ferme de "L'Hôpitau" devint la propriété de Louis Lechat (1783-1848) à la mort de son épouse, Anne Renaire, le 15 novembre 1813. Auparavant, et depuis le XVIIème siècle, elle avait dû être la propriété des RENAIRE par un jeu d'alliances assez complexe. D'après les nombreux actes notariés en notre possession que nous avons "exhumés" et étudiés avec soin, les Lechat du XIXème siècle sont devenus, génération après génération, propriétaires des terres environnantes et des 3 fermes qui composaient "L'Hôpitau" dont l'existence était déjà signalée sur la carte de Cassini d'avant 1789 sous l'appellation "Les Hôpitaux".

A première vue, "Les Hôpitaux" puis finalement "L'hôpitau" nous ont tout de suite fait penser au mot "hôpital" (7c). Par comparaison, il est révélateur d'une longue déformation subie au fil des siècles, selon les caprices d'écriture des curés de Vernantes qui se sont succédé et du développement de ce hameau : vers 1550, c'était "Loppiteau", "Laupytau" "Laupital" puis "les hôpitaux", "L'Hôpitaux" et enfin "L'Hôpitau". Nous avons ainsi découvert que ce lieu-dit existait depuis fort longtemps. Cette confusion ancienne entre le singulier et le pluriel tendrait à prouver implicitement qu'il devait exister plusieurs "hôpitaux" dont l'importance devait largement dépasser le plan local. Au début du XVIIème siècle, nous avons relevé sur le registre paroissial de Vernantes le nom d'un maître chirurgien, Louis De La Folye et d'un praticien, Michel Hervé, "sieur de Puillé", hameau qui fait depuis longtemps partie de notre patrimoine.

Aux dires des "anciens" de la famille Lechat qui ont transmis l'information de bouche à oreille, pour construire la ferme, il a fallu d'abord creuser des caves pour en extraire la pierre qui ressemble à du tuffeau mais qui a la consistance d'un conglomérat de falun grumeleux, rugueux mais résistant. La pente de la descente de cave principale est impressionnante ainsi que les galeries profondes à l'aspect sinistre. Le grand puits commun, aujourd'hui comblé, se trouvait au milieu du hameau; un autre, près du bâtiment principal, n'est pas très profond : en fait, il traverse le plafond d'une grande galerie où surgit une source abondante en son milieu. Les caves sont profondes et nombreuses. Le monticule, situé entre L'Hopitau et la Croix-Marchand, abrite une champignonnière aux très nombreuses galeries dont certaines rejoignent le village de Blou situé à une dizaine de kilomètres au sud. Nous avons également appris que, "depuis toujours", des galeries communiquaient directement avec celles du château de Jalesnes...

Enfin, nous avons fait une découverte qui lie encore plus ce lieu-dit à l'histoire de notre généalogie : en effet, René ADELINE, notre sosa 13588 , épousa Renée DE LOPPITEAU (De Laupital, De Laupytau), notre sosa 13589, avant 1583 à Vernantes. Une certaine Estiennette De Laupital, fille de Jehan De Laupital (ou De Loppiteau) (5), fut marraine de Perrine Adeline, fille de notre couple de sosas, en juin 1596. En l'absence de registre antérieur à 1583, nous pouvons raisonnablement penser que nous avons affaire à la même famille, qu'Estiennette devait être la soeur de Renée ou du moins sa cousine germaine et que Jehan De Laupital, décédé avant 1615, devait bien habiter au lieu-dit "L'Hopitau", à l'origine "Laupital", tout comme ses ascendants, sans doute. Ainsi, notre "Renée de Loppitau" fit un beau mariage en épousant son voisin (?), "Sire René Adeline, maistre marchand", à la belle signature, appartenant lui aussi à l'une des honorables familles de Vernantes et lui donna au moins 11 enfants en 15 ans de mariage dont Estienne, notre sosa 6794, né vers 1590, sergent royal et époux de Renée Hervé. Son nom patronymique comportait la particule "de" qui ancrait ses origines ancestrales dans la terre du lieu-dit "L'Hôpitau". A Vernoil-le-Fourrier, il exista même une famille portant le patronyme Lhopiteau.

C'est alors que nous avons fait le rapprochement entre les seigneurs du château de Jalesnes, les honorables marchands de Vernantes, et les deux lieux-dits de "L'Hôpitau" et de "La Maladrie", ce dernier situé à la sortie de Vernantes, sur l'ancien chemin menant à Vernoil. Ainsi donc, "l'Hôpitau" devait accueillir et soigner les pauvres, les voyageurs et les pèlerins en route pour Compostelle sur le "Grand Chemin" qui rejoignait au lieu-dit "La Croix" la très ancienne route qui reliait Vernoil-le-Fourrier et Vernantes à Blou et Saumur, vers le sud. C'est à "la Maladrie" que les malades contagieux comme les lépreux étaient isolés pour être soignés (7d). En cherchant à approfondir notre connaissance de l'histoire de la famille des seigneurs de Jalesnes antérieure à 1595, nous avons découvert qu'elle était liée depuis des siècles à celle des chevaliers de l'ordre des Templiers puis à ceux de l'ordre des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem. Rappelons que le vendredi 13 octobre 1307, le roi Philippe IV le Bel fit arrêter, torturer puis massacrer les Templiers et que ce sont les Hospitaliers de St Jean qui héritèrent de la plupart des biens des Templiers maudits dont le trésor ne fut jamais retrouvé. Sauf erreur de notre part, l'existence de ces "Hôpitaux" et "Maladrie" à Vernantes, non répertoriés dans les archives d'Anjou, ne peut s'expliquer que par l'action bienfaitrice qu'ont exercée les seigneurs de Jalesnes, à titre personnel et selon la tradition ancestrale des Templiers et des hospitaliers de St Jean et de Malte, envers les pauvres, les malades de la contrée et les pèlerins de passage sur le chemin de Compostelle depuis le temps des croisades. En effet, cette famille de chevaliers portait déjà au XIème siècle, le nom du fief de Jalesnes à Vernantes. En 1167, leur ancêtre, Jacquelin De Jalesnes, avait répondu à l'appel de St Bernard de Vézelay et avait participé à la 3ème croisade contre Saladin le Grand. Ce valeureux chevalier du Temple mourut en héros le 4 juillet 1187 à la bataille de Hattin, près du lac de Tibériade et devint, par ce fait glorieux, la figure emblèmatique de la famille qui passa à la postérité.

En cette fin du XVIème siècle, les Lechat, les Hervé, les Adeline et autres "honorables" familles de Vernantes devaient participer, par devoir ou par conviction personnelle, à l'oeuvre de bienfaisance menée par les seigneurs de Jalesnes, chevaliers de Malte, auprès des pauvres, des malades et des pèlerins en route pour Compostelle. "Messire Guillaume Le Chat, sieur de la Croix" fut peut-être chargé de coordonner toutes les actions entreprises au plan local.

L'histoire de la famille de Guillaume Lechat était-elle liée à celle des seigneurs de Jalesnes? A l'époque de Guillaume, Jacques de Jalesnes, l'un des descendants de l'illustre Jacquelin, né le 8 octobre 1600 à Vernantes, fut reçu Chevalier de Malte en octobre 1615, pour respecter sans doute une tradition ancestrale. Bien plus tard, le 30 mai 1642, il devint le chef de l'importante commanderie de la "Feuillée" à Pont-Melvez, dans l'actuel département des Côtes-d'Armor.

Sauf erreur, il devait donc exister une petite commanderie des chevaliers de Malte à Vernantes, à la fin du XVIème siècle qui dépendait sans doute de celle de Montsoreau, la plus proche, située à plusieurs lieues sur la Loire, en amont de Saumur et la plus importante à Angers, composée de celle du Temple et de celle de St Blaise située près de l'actuelle Mairie.

Jacquelin De Jalesnes, l'héroïque chevalier de la bataille de Hattin, possédait déjà les fiefs de la Beunèche, de Spay et de Gilbourg, situés entre Rouézé-sur-Sarthe et Le Mans lorsque le pape Urbain II vint en février 1096 assister au départ de la première croisade. Trop jeune, il attendit de partir pour la 3ème croisade. Originaire de Vernantes où sa famille possédait un château fort, que faisait-il donc dans cette province du Maine? Mystère. Les seigneurs de Jalesnes séjournèrent dans le fief de La Beunèche de 1461 à 1661 et Claude, le grand-père de Jacques le commandeur, y fit construire un château au bord de la Sarthe en 1553. Si l'on étudie la carte géographique du Maine, on s'aperçoit que La Beunèche ne se trouvait qu'à une trentaine de kilomètres au sud de l'importante commanderie des Templiers de Guéliant, au nord de Moitron-sur-Sarthe qui étendait son autorité sur un grand territoire et qui dépendait du grand prieuré d'Aquitaine. Elle fut créée au début du XIIème siècle, précisément à l'époque de Jacquelin De Jalesnes. Vu son désir ardent de défendre la "Vraie Croix" en Palestine, il participa sans doute à sa création. Cette commanderie prit rapidement de l'importance dans le Maine et en Anjou. Pour exemple, en 1274, frère Nicolas, abbé de l'abbaye de St Aubin d'Angers signa une charte avec les Templiers de "Vado Eliant" (Guéliant).

Michel de Jalesnes, seigneur de La Beunèche, né vers 1550, devait sans doute appartenir naturellement à la commanderie de Guéliant, près de Moitron-sur-Sarthe, dans le Maine. Mais nous n'en avons pas la preuve.Cependant, il avait des attaches très importantes avec l'ordre des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem puisqu'il était l'époux de Jacqueline D'Appelvoisin issue d'une illustre famille poitevine de chevaliers de Rhodes et de Malte. En effet, Louis D'Appelvoisin, reçu chevalier en 1571, devint commandeur d'Angers puis de Nantes, et Henri, grand prieur d'Aquitaine en 1605, était en même temps commandeur de Coudrie et des Biais, d'après les archives de la Vienne (cote H 427).

Fait très étonnant, si l'on consulte les archives départementales de la Sarthe, on découvre une implantation très importante et ancienne datant au moins de la fin du XVIème siècle (premiers registres paroissiaux) du patronyme LE CHAT ou LECHAT précisément dans la région qui dépendait de la commanderie de Guéliant : Fresnay-sur-Sarthe au nord, Sillé-le-Guillaume à l'ouest, Domfront-en-Champagne au sud et Dangeul et Ballon à l'est, sans oublier les LECHAT qui faisaient partie des familles "honorables" du Mans (appartenant au milieu judiciaire et nobiliaire et portant les mêmes prénoms que celle d'Angers).

Hélas, nous n'avons pas découvert l'existence de Guillaume Lechat, ni dans les registres ni dans les archives d'Anjou et du Maine que nous avons consultées. Néanmoins, dans le fief de Spay des De Jalesnes, en bordure de Sarthe, il existait déjà un lieu-dit appelé "La croix"...Quelle coïncidence! Guillaume Lechat aurait été alors "sieur de la croix" dans le Maine et n'aurait été qu'un "maistre marchand" à Vernantes? Peut-on en déduire que les parents de Guillaume Le Chat (ou ses ancêtres) étaient originaires de cette contrée du Maine et avaient peut-être suivi les seigneurs de Jalesnes à Vernantes au cours de l'un de leurs déplacements? Hypothèse très plausible, Ajoutons enfin que les seigneurs de Jalesnes habitaient leurs deux châteaux de La Beunèche et de Vernantes à la fin du XVIème siècle et qu'en 1577, ils étaient présents en Anjou pour le mariage de Charlotte De Jalesnes avec Charles De Broc, seigneur de la Ville-au-Fourrier de Vernoil, et pour le baptême d' Urbain De Jalesnes le 18 juin 1595.

Il nous restait à "suivre" Jacques De Jalesnes devenu en 1642 le nouveau chef de l'importante commanderie de "La Feuillée" à Pont-Melvez dans les Côtes-d'Armor. En consultant les registres paroissiaux et les archives départementales, quelle ne fut pas notre surprise de découvrir, comme dans la Sarthe, de nombreux foyers LECHAT (LE CHAT ou CHAS) notamment à St Briac-sur-Mer, à Pordic et à Yvignac, remontant dans le temps jusqu'au XVème siècle pour les familles nobles. Par exemple, un certain Pierre LE CHAT, seigneur de Sainte Croix, est né à Pordic le 16 juin 1640 et décédé à Yvignac le 11 août 1701. Or, Jean, son ancêtre à la 7ème génération, vivait déjà à Pordic au milieu du XVème siècle! Enfin, nous avons retrouvé certains prénoms portés également par les Lechat de Vernantes comme François, Guillemette, Jacques, Jean, Julien, Marguerite, Marie, Pierre et René. Ressemblances fort troublantes.

Et Guillaume Lechat? Nous en avons découvert un seul, fils de Jacques, seigneur de Kersaint, né à Pordic vers 1481 et de Marie Conen née vers 1486. Il était "seigneur de l'Isle" en Pordic, petit-fils de Jean Le Chat, l'ancêtre commun. Mais nous ne lui connaissons pas de descendance. Il est peut-être décédé en bas âge, ou il est resté célibataire (ce qui était peu probable à cette époque-là sauf s'il avait consacré sa vie à l'ordre des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem) ou encore il est parti dans une autre région que l'on ignore (pourquoi pas l'Anjou?).

A ce stade de nos recherches, on peut alors se demander si, dans un passé plus ou moins lointain, les seigneurs de Jalesnes, installés dans le fief de La Beunèche depuis au moins le XIème siècle, n'ont pas entretenu des relations commerciales et des contacts religieux avec la commanderie bretonne de "La Feuillée" et celle d'Angers pour le compte de la toute nouvelle commanderie de Guéliant. Cette hypothèse expliquerait l'implantation des foyers Le Chat dans ces régions placées sous l'autorité de l'ordre des chevaliers de Rhodes et de Malte. Il semblerait que le premier fil conducteur porté par les prénoms Pierre et Jacques passe par Angers, Le Mans et les Côtes-d'Armor (Pordic-Yvignac) et que le second soit les liens privilégiés qu'ont dû entretenir depuis des siècles les seigneurs de Jalesnes avec les commanderies des Templiers puis des chevaliers de Malte d'Angers, de Guéliant dans le Maine et de Pont-Melvez dans les Côtes-d'Armor qui dépendait de la grande "Feuillée" bretonne. Au service des seigneurs de Jalesnes et de La Beunèche, les Lechat (Le Chat, Le Chapt, Chas) ont dû se déplacer entre ces trois foyers d'implantation avant même le temps des premières croisades, la plupart exerçant la profession de marchand ou des fonctions judiciaires ou nobiliaires plus ou moins importantes comme à Angers, au Mans et en Bretagne.

Prenons l'exemple de François Hervé, fils de Michel, Sieur de Puiller et praticien, qui fut porté sur les fonds baptismaux de l'église de Vernantes le 5 avril 1634 par Eléonor De Jalesnes, nièce de Jacques le chef-commandeur. Il rejoignit ce dernier à la commanderie de Pont-Melvez vers 1650. Il s'y maria par trois fois, entre 1659 et 1689, avec notamment Marguerite Floyd issue de la noblesse anglaise et dont certains descendants vivent actuellement en Bretagne. L'un d'entre eux, Jérôme Caouën (2), généalogiste amateur qui se passionne pour l'histoire locale des chevaliers de Malte, nous confia que François Hervé dut apprendre le breton pour exerçer à Pont-Melvez des fonctions judiciaires et notariales, sans doute parrainé par Jacques De Jalesnes. Il fit partie des gens aisés de la paroisse et devint Sieur de Launay. Ses nombreux descendants bretons actuels doivent s'étonner de découvrir qu'il est né à Vernantes, en Anjou...Il avait probablement les mêmes ancêtres que Renée Hervé qui épousa Guillaume Le Chat en 1594. Mais nous ne pouvons pas le prouver. Michel, praticien, le père de François, semblait être très proche de Louis De La Folye, Maître chirurgien et de son épouse Demoiselle Charlotte Pean. En effet, les Hervé et les De La Folye furent parrains et marraines d'enfants des deux familles. Louis De La Follie fut même parrain de Louise Gillemer, fille de Françoise Le Chat le 21 octobre 1595. Michel Hervé et Louis De La Folye devaient sans doute exercer occasionnellement leur profession à la ferme de "L'Hôpitau" et à "La Maladrie". On pourrait même imaginer qu'ils y formaient de futurs praticiens pour le compte des chevaliers de Malte. Qui sait?

Ah! Si Guillaume Lechat n'avait pas été "sieur de la croix" Ah! Si sa signature avait été "ordinaire" ...Nous n'aurions sans doute pas entrepris d'aussi longues recherches pour connaître son lieu de naissance et l'histoire passionnante des seigneurs de Jalesnes liée à celle des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem et à l'implantation importante du patronyme Lechat et de ses variantes orthographiques en Anjou, dans le Maine et en Bretagne.

En l'état actuel de nos recherches, nous privilégions l'hypothèse que Guillaume Lechat est peut-être né à Vernantes et que son père devait avoir un lien de cousinage avec les Lechat de Vernoil. Le lieu-dit "La Croix" pourrait être alors "La Croix-au-chat". Mais, de par sa profession, aussi, il devait probablement fréquenter "La Rue des Marchands" proche de la "Croix-Marchand" et fournir des marchandises à la ferme de "L'Hôpitau" qui était tenue par les Hospitaliers de l'ordre de Malte parrainés par les seigneurs de Jalesnes et qui a joué un rôle important dans l'histoire de notre généalogie par l'union de deux de nos familles d'ancêtres les Adeline et les De Loppitau.. Au XIXème siècle, l'intérêt très marqué de nos ancêtres Lechat pour "L'Hôpitau" ne peut pas être l'effet du hasard tellement a été constant leur acharnement à vouloir constituer un important patrimoine autour de ce hameau qu'a finalement réussi à réaliser René Auguste Lechat, notre sosa 26, peu avant sa mort, le 6 mars 1922. Cependant, faute de preuve, le doute subsiste et un mystère à plusieurs énigmes demeure.

En conséquence, nous allons poursuivre notre étude sur les origines du patronyme LECHAT (et de ses variantes orthographiques) et sur l'histoire de la seigneurie de Jalesne(s) et des Templiers aux archives départementales de Maine-et-Loire, de la Sarthe, d'Ille-et-Vilaine et des Côtes d'Armor car nous pensons que la famille de Guillaume Lechat est peut-être venue "d'ailleurs", par exemple de la province du Maine ou de plus loin encore...

(second épisode de notre étude, novembre 2012...)

En faisant tout d'abord le point de nos connaissances concernant Guillaume Lechat, nous avons relevé quelques détails assez étranges :

Nous ne connaissons pas les dates de naissance de 3 de ses 9 enfants : celles de Charles, son fils aîné [14], de Jean et de Marie. Où sont-ils nés? Peut-être dans l'une des paroisses limitrophes. Pourquoi aucun de ses deux seuls fils ne fut-il pas prénommé Guillaume [14] alors que 4 de ses descendants le furent au cours des 4 générations qui suivirent jusqu'en 1716? Peut-être a-t-il perdu un premier fils prénommé Guillaume? En ce qui concerne le prénom de Charles, seuls, deux garçons de Vernantes le portaient auparavant : Charles Pichot (1587), d'une honorable famille, et Charles De Jalesnes (1588) fils de Michel, seigneur marquis de Jalesnes, conseiller du Roi et seigneur de la Beunèche, près de Fillé-sur-Sarthe. Il est étonnant que Guillaume Lechat ait donné sa préférence à ces deux prénoms plutôt qu'au sien propre qu'il donna d'ailleurs, en sa qualité de parrain, aux fils de 5 de ses "alliés" ou "amis" de Vernantes [12]. Nous n'avons relevé aucune trace de sa présence à Vernantes entre 1617 [13] et 1623. Soit une période de "silence" de près de 6 années. Etait-il immobilisé par la maladie? (sa signature semble prouver le contraire) S'était-il absenté de Vernantes, pour aller où?

Peut-être a-t-il été mêlé de près ou de loin aux guerres de Religion qui virent s'affronter violemment, en Anjou, les catholiques et les protestants dont Saumur était la place forte. Vernantes n'est située qu'à une quinzaine de kilomètres de Saumur. Il est probablement né au moment du massacre de la St Barthélémy (1572) qui eut de graves répercussions jusqu'en Anjou. Puis, il vécut la longue période de réconciliation qui suivit l'Edit de Nantes de 1598, l'assassinat d'Henri IV et la Régence qui fut troublée par les querelles incessantes entre Marie de Médicis et son fils Louis XIII jusqu'à ce 24 avril 1617 où ce dernier prit le pouvoir par un coup de force. Par la suite, le roi chercha à imposer un catholicisme d'Etat et à mettre fin aux privilèges politiques et militaires dont bénéficiaient les protestants depuis l'Edit de Nantes. Entre 1620 et 1628, il poursuivit et massacra les protestants, pillant et détruisant leurs places fortes.

La vie de Guillaume Lechat (1571-1626), un fervent catholique, fut donc marquée par les terribles guerres de Religion.

Quel rôle a-t-il joué en cette longue période de conflits religieux? A cet effet, parmi les nombreux baptêmes auxquels il a assisté, nous avons retenu particulièrement celui de Charlotte Cuissard qui eut lieu à Vernantes le 2 mars 1615. En effet, le père de Charlotte, "noble homme" Marin Cuissard, sieur de Mareil", appartenait à une ancienne et très catholique famille angevine qui possédait le château du Pin à Champtocé-sur-Loire, à l'ouest d'Angers et très probablement originaire de Mareil-en-Champagne , dans la Sarthe. Quant à Charlotte, sa mère, elle était issue d'une grande famille de protestants, les De Seillons-Dumortier. En cette période de longue réconciliation, l'union de ces deux grandes familles catholique et protestante que tout opposait le 16 décembre 1613 aurait pu être considérée comme une mésalliance inacceptable. La naissance de Charlotte peut être considérée comme la réussite de cette réconciliation et la présence de Guillaume Lechat à son baptême n'est pas un hazard mais, au contraire, elle semble représenter une "autre" autorité. Il suffit de se rappeler qu'il apposa, en premier, son imposante signature, bien isolée au milieu et entourée ensuite par celle des représentants de l'Eglise. Un coup d'éclat symbolique! Par sa présence et sa signature, il offrait sa protection aux deux parents, à leur enfant et, plus largement, à leurs deux nobles familles. Nous avons pensé alors que cette "autre" autorité, qu'il représentait si ostensiblement, ne pouvait être que l'ordre des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem qui unissait toutes ces familles depuis le temps des croisades. Peut-être fut-il considéré, à l'époque, comme un "faux catholique", puisqu'il tolérait sans doute l'église réformée des parpaillots et qu'il était favorable à la réconciliation des catholiques et des protestants. C'était donc un esprit très ouvert, moderne et très tolérant, favorable à la réforme de l'église catholique qui commençait à se mettre en place notamment à Angers sous l'impulsion vigoureuse et tenace de l'évêque Miron, vers 1619.

Deux questions évidentes se posèrent alors : Guillaume Lechat était-il lui-même chevalier de St Jean de Jérusalem? Etait-il "sieur de la Croix" (la Vraie Croix, celle du Christ) ou celle des Templiers aux nombreuses variantes?

Nos recherches étant restées vaines à ce sujet, nous avons donc mené une seconde analyse plus approfondie à partir du seul élément en notre possession : son imposante signature.

Martine Guitard, qui fait des recherches sur le patronyme Lechat à Chatellerault, dans la Vienne, après avoir découvert notre première analyse sur Guillaume Lechat, nous a aidé à "déchiffrer" cette étonnante signature qu'elle décrit comme un "rébus hermétique et héraldique"

Ce que nous croyons vraisemblable, pour tenir compte de la symbolique des éléments composant la signature que nous avons analysée et interprétée, c'est que Guillaume LECHAT, chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, sieur de la Croix, avait pour ancêtre un dénommé LE CAT, chevalier appartenant dans le temps à l'Ordre du Temple, l'abraxas final étant un sceau de cet ordre éteint en 1312, sauf erreur. Ainsi, peut-être y a-t-il eu, entre les 2 personnages, d'autres générations de templiers-hospitaliers, et le maintien de la tradition et de leur engagement religieux auraient été symbolisés volontairement par Guillaume LECHAT sous la forme hermétique d'un rébus héraldique.

Ainsi, Il semblerait que, lors de plusieurs baptêmes, le prêtre officiant ne se soit pas trompé lorsqu'il écrivait LE CAT (en 2 mots, mais pourquoi donc? Par opposition, fantaisie ou en toute connaissance de cause?), ou LE CHAT, soit dans la marge soit dans l'acte, alors que Guillaume LECHAT a toujours signé "Lechat" (en un seul mot), associant invariablement les deux formes patronymiques héritées de plusieurs familles originaires, sans doute, de différentes régions et d'un passé très lointain datant, au moins, de l'époque des Croisades puisque le lien le plus fort qui les unissait semble avoir été l'appartenance aux ordres des Templiers (militaire et hospitalier). Par sa signature si élaborée et énigmatique, Guillaume Lechat a voulu unir toutes ces familles en une seule représentation graphique. Il faudra attendre un siècle pour que la signature "LECHAT" (en un seul mot) s'impose définitivement et soit adoptée par ses descendants directs (sans reprendre l'abraxas final...). Seul, son fils Charles a porté le titre de "sieur de la croix" et sa signature est plutôt classique.

En l'absence de registre paroissial antérieur à 1583, nous ne connaissons rien de ses ascendants directs ni de ses origines lointaines. Nous savons seulement que le patronyme Lechat a subi des variations orthographiques importantes au fil des siècles puisque, dans notre première analyse, nos recherches nous ont fait découvrir des familles Lechat, Le Chat, Le Chapt, Le Cat en Anjou, dans le Maine, en Bretagne et même en Picardie pour la branche la plus lointaine, ayant toutes un lien très étroit avec les commanderies de l'ordre du Temple. Nous avons donc repris notre "bâton de pèlerin" et essayé de découvrir des liens éventuels entre Guillaume Lechat et toutes ces grandes familles qui, à notre avis, descendaient d'une seule et même parentèle. Nous avons donc décidé de remonter le temps en partant de l'Anjou...

A l'occasion du baptême de Charlotte Cuissard, en 1615, nous avons découvert des liens très étroits qui unissaient certaines nobles familles angevines, au moment des guerres de religion en Anjou, et depuis bien longtemps. Quelle était donc la "place" de Guillaume Lechat dans cette très honorable société? Sa présence dans les baptêmes semble prouver qu'il était respecté et sa compagnie appréciée. De plus, en imposant sa signature, si différente des autres, il voulait probablement être "un parrain notoire", comme il l'écrivit lui-même sous sa signature dans un acte de baptême, et reconnu comme tel.

Sauf erreur de notre part, le fait d'être chevalier de l'ordre de St Jean de Jérusalem ne suffisait pas pour être admis aussi facilement chez les De Jalesnes ou les Cuissard de Mareil. Un lien avec une famille noble Lechat devait bien exister. Nous nous sommes alors intéressés à l'union d' une certaine Olive Lechat avec Jean De Saint-Offange, de Rochefort-sur-Loire et nous avons découvert que la jeune épouse, tout juste majeure, et sous tutelle de son beau-frère, Jehan de la Crossonnière, avait hérité de son père de La Frappinière de Cossé-d'Anjou, du Hurtault, au Voide, et de l'Eperonnière à Saint-Aubin-de-Luigné. En consultant des documents d'archives choletaises, nous avons appris que le père d'Olive était un nommé Perrot Lechat, chevalier, demeurant à Villedieu-La-Blouère, dont la seconde fille, Jeanne, épousa Jehan de la Crossonnière à Mozé (49), au sud d'Angers. Il n'eut donc pas d'héritier mâle et pas de descendance directe. Cependant, le site Généanet révèle une nombreuse parentèle Lechat [17] autour de Villedieu-la-Blouère, après 1600, soit deux siècles plus tard, ce qui tendrait à prouver que Perrot Lechat a probablement eu au moins un frère sinon un cousin germain, à la fin du XIVème siècle, dont Guillaume Lechat, notre ancêtre, pourrait en être un descendant. Sans preuve certaine, nous ne pouvons que faire des rapprochements : Perrot Lechat, propriétaire terrien, devait connaître les Saint-Offange, sans aucun doute la famille Pierres et l'existence de la petite commanderie de Villedieu qui dépendait de celle de Nantes.

D'où venait donc ce Perrot Lechat, probablement né vers 1340? Aucune trace de lui dans les archives choletaises. Au vu du contexte historique de l'époque, la guerre de Cent ans, ne serait-il pas "arrivé" (par hasard?) avec les troupes armées de Bertrand Du Guesclin qui, après avoir battu les Anglais à Pontvallain le 4 décembre 1370, libéré l'Abbaye de Saint-Maur en Anjou et fait tomber Saumur le 15 décembre, a poursuivi vers le sud, traversant les Mauges, pour se diriger vers Bressuire et le Périgord ? Or, pour préparer la bataille de Bourdeilles contre les Anglais, qui eut lieu en août 1377, une revue des troupes ou "montre" fut organisée le 1er mai 1375 par un certain Jehan Le Chat qui eut la responsabilité des écuyers de haut lignage et celle de préparer les terres et les villes sur lesquelles Du Guesclin allait intervenir.

Perrot Lechat était-il de la même parentèle que Jehan Le Chat et, comme lui, sans doute originaire des Côtes d'Armor? N'oublions pas qu'il était, lui aussi, chevalier, donc issu d'une honorable famille. D'après nos recherches, Jehan Le Chat serait passé du statut d'écuyer du roi, lors de la montre de 1375 et de son déplacement en Dordogne, à celui de valet de chambre du Duc d'Anjou, place en apparence ordinaire mais influente et revêtant un caractère privilégié pour l'époque concernée. De plus, c'est avant mai 1377, c'est-à-dire pendant la trêve avec les Anglais conclue à Bruges le 27 juin 1375 et prorogée jusqu'au 24 juin 1377, qu'il épousa Agnès, la veuve de Macé Darne, "bourgeois de Saumur", maître des oeuvres du duc d'Anjou, et resta au service de celui-ci jusqu'au 18 novembre 1381, Pendant ces quatre années, il dut probablement accompagner le Duc d'Anjou dans tous ses combats contre les Anglais jusqu'en Guyenne. Son épouse est-elle restée à Saumur? Eurent-ils des enfants? Que fit-il par la suite? Après avoir quitté le Duc d'Anjou, reparti vers le Midi, il semble presque évident qu'il ait choisi de suivre Olivier De Clisson, fidèle compagnon de Du Guesclin, surnommé "le boucher" par les Anglais auxquels il vouait une haine féroce, armé de sa hache meurtrière. Celui-ci participa au traité de Guérande le 15 janvier 1381 qui rétablit la paix entre Charles VI et le duc de Bretagne puis fit campagne contre les Flamands en 1382 et contre les Anglais débarqués en Flandres en 1383. Deux siècles plus tard, Guillaume Lechat descendait peut-être de Jehan Lechat et de son épouse Agnès. Qui sait?

Nous avons découvert un certain Guillaume Le Chat, marié à Jeanne Dolbeau dont il eut au moins 7 enfants (mais pas de Guillaume...) nés entre 1559 et 1575, à Mûrs, bourgade située entre Mozé et Les Ponts-de-Cé. D'où venait-il? Probablement "d'ailleurs" car le registre paroissial (1540-1582) reste muet à ce sujet. Cependant, géographiquement, cela nous rapproche inévitablement de la très honorable famille angevine d'Olivier Lechat. Plus d'un siècle sépare, par exemple, Olivier d'Olive Lechat, épouse de Jean De Saint-Offange, et dont le père, Perrot Lechat, n'eut pas d'héritier mâle. A noter, cependant, que les Lechat d'Angers étaient sieurs de la Touche-Bottereau à Chanzeaux, village proche de Cossé d'Anjou et de Gonnord. Faute de preuves, on ne peut que faire des rapprochements hypothétiques : notre ancêtre, Guillaume Lechat fut peut-être le frère de Pierre Guillaume Lechat d'Angers, bien qu'aucune trace de son existence n'ait été relevée dans les registres paroissiaux d'Angers. En outre, certains prénoms se retrouvent dans plusieurs familles Lechat, pour rappel, Olivier, Olive, Guillaume, Pierre ou Jean....

L'existence d'un autre Guillaume Lechat, à Nantes, en 1580, a retenu toute notre attention.[1]. En effet, celui-ci était le gestionnaire des deux commanderies réunies de Saint-Jean, de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et de Sainte-Catherine, de l'ordre des Templiers [2] , dont le commandeur était le noble angevin Robert de Chazé [3]. Il entrenait donc des liens privilégiés avec les nobles familles angevines, comme les De Seillons et les Cuissard de Mareil que fréquentait également notre ancêtre, Guillaume Lechat, de Vernantes. Il était "Sieur de la Gruotière" à Nantes, "domaine et métairie" qu'il acquit en 1581 et qui changea de propriétaire en 1651 (année possible de sa mort?). En sa qualité d'administrateur de l'importante commanderie de Nantes, il appartenait probablement à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Y-avait-il un lien filiatif entre eux? Possible, mais nous avons découvert qu'il était le "mary" de Moricette Dargenton et père d'au moins 3 enfants dont un fils, Guillaume Lechat [4]. ...Il n'y avait donc aucun lien filiatif direct entre Guillaume de Nantes et celui de Vernantes, à la rigueur, et au mieux, ils étaient peut-être cousins germains ou issus de germains. Ils portaient le même prénom, ils avaient à peu près le même âge, ils étaient sans doute tous deux chevaliers de l'ordre des Hospitaliers de Jérusalem et fréquentaient les mêmes familles nobles d'Anjou. A la même époque, une famille Lechat, famille de laboureurs, la seule recensée dans la région nantaise, était fortement implantée à St Herblain. Il y avait même au moins deux Guillaume, mais, apparemment, d'après les registres paroissiaux, le gestionnaire de la commanderie de Nantes n'avait aucun lien filiatif avec cette famille de St Herblain. Il venait donc "d'ailleurs".

Nous nous sommes alors intéressés à la famille de Renée Hervé, l'épouse de Guillaume Lechat, Des recherches sur les registres paroissiaux de Maine-et-Loire et sur le site Généanet nous ont appris qu'une seule parentèle Hervé était fortement implantée à Doué-la-Fontaine, dès le XVIème siècle, mais sans être qualifiée d"honorable" par les prêtres officiants comme le fut la famille de Renée Hervé à Vernantes. De même, dans la Sarthe, une fratrie Hervé fut relevée dans les registres de Piacé et de Courcimont, sans aucune mention particulière. A ce stade de nos recherches, nous ne savons donc rien des origines de Guillaume Hervé, décédé avant 1595, par contre, en ce qui concerne Renée Chamaillard, sa veuve, elle descendait probablement d'une grande famille de chevaliers implantée en Anjou dès le XIème siècle où elle possédait de nombreux biens[5]. En effet, les registres paroissiaux d'avant 1600 ne nous ont révélé l'existence que de 3 personnes portant le patronyme Chamaillard : Mathieu, né en 1570 à La Membrolle-sur-Longuenée (49), Marie, née le 3 mars 1596 à St Aignan-sur-Roë (53) et Claude, né en 1580 à Lamnay (72). Mais dès le XIIIème siècle, les Chamaillard quittèrent l'Anjou et les environs du Lude pour aller se fixer définitivement dans le Maine, au château de Vaux à Moncé-en-Belin, à Tennie et à St Christophe-du-Jambet, près de Moitron. Ils s'allièrent notamment avec les deux grandes familles nobles d'Anthenaise et de Beaumont-Brienne et avec les seigneurs de La Plesse qui vécurent dans leur domaine seigneurial du Bois-Dauphin situé à Précigné pendant 4 générations, depuis 1295. Ils s'installèrent alors dans le fief du "Plessis-Chamaillard", situé entre La Suze et Rouézé-sur-Sarthe, et qui dépendait de "La Beunêche", fief des seigneurs De Jalesnes.

Dans notre première ananlyse, sur les traces des seigneurs De Jalesnes dans le Maine, nous avions découvert une "implantation importante et ancienne" du patronyme Le Chat, datant au moins du XVIème siècle. Or, des recherches plus approfondies nous ont révélé qu'un certain Guillaume Le Chat était un notable du Mans en 1231, que des Lechat étaient installés dans le Bas-Maine (sergenterie de Laval) au XIVème siècle et que deux familles Le Chat existaient aux XVème et XVI siècles au Mans et à Rouez. Près de cette dernière paroisse, au lieu-dit "La Chatterie", ont vécu Guillaume, Jehan, Michel, Pierre et probablement Estienne, religieux de la très importante "Abbaye Nostre-Dame de Champaigne" qui se trouvait à proximité. Quant à François Le Chat du Mans, bailli de Lassay et procureur du roi, il était peut-être le cousin des Le Chat de Rouez. Il connaissait certainement Guillaume Hervé, sieur de Panon, ce qui nous permet de souligner un rapprochement possible, entre les Le Chat, les Hervé et les Chamaillard , un siècle plus tard, à Vernantes, puisque ces trois familles étaient proches, aux plans géographique, historique et social, des seigneurs de Jalesnes de nouveau installés à La Beunêche dès 1451 (pratiquement à la fin de la Guerre de Cent ans) et qui se rendaient souvent dans leur domaine seigneurial de Vernantes, en Anjou. Nous avons découvert, par ailleurs, que les ascendants d'Olivier Le Chat, installé à Cantenay-Epinard, près d'Angers, étaient apparus en Anjou au début du XVIème siècle, originaires du Maine... Par ailleurs, nous savons que les biens de François Le Chat, du Mans, furent partagés le 24 janvier 1499 entre ses deux enfants, Estiennette et François, chantre de l'église du Mans,

On peut alors se demander si les parents d'Olivier Le Chat ne sont pas tout simplement issus de la parentèle Le Chat (ou Lechat) installée à Rouez depuis au moins 2 siècles, voire plus si l'on inclut Guillaume qui vivait au Mans en 1231; car deux détails nous interpellent : Olivier Lechat, né en 1521, était sieur de "La Chaterie" à Cantenay-Epinard, Guillaume Lechat, sieur de la Croix, demeurait très probablement au lieu-dit "La Croix-au-chat" près de "La Grande Chaterie" et de "La Petite Chaterie" à Vernantes, à la fin du XVIème siècle (cela ne peut être une pure coïncidence). Enfin, les prénoms que nous venons de citer semblent s'être transmis de génération en génération dans cette parentèle Le Chat depuis au moins le XIème siècle, en passant, dans le Maine, par Le Mans, Rouez, Moncé-en-Belin (fief de la famille de Christophe Le Chat, sieur de Boiscorbon) et Laval, et en Anjou, par Cossé-d'Anjou (avec Perrot et Olive Lechat), par Saumur (avec Jehan Lechat vers 1375) et par Vernantes et Vernoil-le-Fourrier, au XVIème siècle.

Pour faire le point sur nos recherches les plus récentes, il nous paraît évident que les moines des abbayes de Champagne et de La Couture et les seigneurs De Jalesnes, chevaliers de l'ordre des Templiers, installés à La Beunêche et à Vernantes depuis au moins le XIème siècle, ont dû faciliter le rapprochement des familles Le Chat, Chamaillard et Hervé, dans le Maine, et dans leur probable déplacement vers l' Anjou, après la guerre de Cent ans.

Mais il ne faudrait sans doute pas oublier non plus le rôle prépondérant qu'a dû jouer la puissante abbaye de Marmoutier de Tours dont l'abbé était un certain Guillaume Le Chat...Par souci de discrétion extrême des moines de Marmoutier, le nom Le Chat ne figurait pas dans les actes en raison même de son vœu de pauvreté et d'une parenté engluée dans le nicolaïsme (non respect de la chasteté et du célibat) et la simonie (achat et vente des biens spirituels). Il voulait sans doute éviter toute compromission alors que l'abbaye de Marmoutier jouait un rôle majeur dans la réforme grégorienne, Mais nous avons ainsi appris que l'"abbé Guillaume" avait été auparavant prieur de la Sainte Trinité de Fougères et qu'il était seigneur du "Plessis-au-Chat" à Dingé, près de Combourg, en Ille-et-Vilaine. Ceci nous rappela bien sûr un passage de notre première analyse où nous avions découvert une parentèle Le Chat en Bretagne au XVème siècle (4).

Pouvions-nous alors espérer trouver un lien filiatif très ancien entre les Le Chat de Vernantes, du Maine et de Bretagne remontant jusqu'au Xème siècle? Le site internet "Infobretagne", entre autres sources très intéressantes, nous a été d'un grand secours car il nous a permis de consulter les chartes de plusieurs abbayes du comté de Dol-de-Bretagne, traduites en français moderne, et de retracer quelques épisodes importants de l'histoire de la parentèle Le Chat de Bretagne.

Compte tenu de la longue période étudiée, nous n'avons pas trouvé, hélas! et ce n'est pas surprenant, de lien filiatif pouvant confirmer notre hypothèse. Cependant, nous avons constaté qu'à l'occasion de la guerre de succession du duché de Bretagne (1341-1364), puis de la guerre de Cent ans et enfin des guerres de Religion, les Le Chat se sont beaucoup déplacés de la Bretagne à l'Anjou et s'y sont même implantés durablement, et que le Maine fut même, au XVème siècle, le pôle d'attirance des Le Chat à l'époque où les seigneurs de Jalesnes s'installèrent de nouveau dans leur fief de La Beunêche (1453-1663).

La lecture des chartes des abbayes doloises et de celles du Maine nous ont révélé, entre autres faits étonnants, l'existence d'un Guillaume Le Chat dans chaque siècle (du XIème au XVIème), accompagné d'autres prénoms familiers, de la Bretagne à l'Anjou, marquant ainsi, en filigrane, comme la transmission symbolique d'un prénom porteur de traditions familiales, de titres, de "fonctions sociales", d'évènements historiques et familiaux importants jusqu'à Guillaume Lechat de Vernantes et même jusqu'au XVIIIème siècle, en ce qui concerne ses descendants,

Nous sommes persuadés que le "fil conducteur" principal qui, en filigrane, a relié la parentèle Le Chat de la Bretagne à l'Anjou, en passant par le Maine, est sans aucun doute cette heureuse adaptation à l'évolution de la société, et ce, depuis au moins le XIème siècle, Ils ont su évoluer avec leur époque, réussissant à sauvegarder l'héritage de leurs ancêtres et à entretenir leurs alliances avec de grandes familles de la noblesse et leurs liens privilégiés avec les très influentes commanderies du Temple et les abbayes

Autre lien important : nous pouvons nous demander si Guillaume Le Chat, mentionné dans la charte doloise de La Vieuville, entre 1184 et 1218, et celui qui fut "vaier du Mans" en 1231 ne seraient pas une seule et même personne qui pourrait être le "maillon manquant" entre les Le Chat de Bretagne, du Maine et de l'Anjou (Villedieu-la-Blouère dans les Mauges, Angers et Vernantes). On ne peut le prouver, bien sûr, pour le moment, mais ce serait la confirmation de notre hypothèse de départ.

Nous avons consulté, sur internet, la généalogie des parentèles Le Chat (ou Lechat) des Pays-de-la-Loire autres que celles que nous avons étudiées : depuis le milieu du XVème siècle, sauf erreur, aucune d'entre elles ne peut revendiquer la filiation en filigrane que nous avons suivie sur une aussi longue période. Dans leur descendance, nous n'y retrouvons aucune trace d'appartenance à la noblesse, d'officiers royaux, d'auxiliaires de justice, de chanoines instruits, de bourgeois, de marchands et de praticiens. Sauf erreur,nous n'avons relevé que des fermiers, laboureurs et cultivateurs, alors que les descendants de notre ancêtre, Guillaume Lechat, furent des propriétaires terriens, des meuniers, des marchands, des ecclésiastiques, des notaires et des sergents royaux jusqu'à la Révolution de 1789, perpétuant ainsi, semble-t-il, la tradition ancestrale et les us et coutumes des CATTUS-LE CHAT. Charles, le fils aîné de Guillaume, hérita même du titre de "Sieur de la Croix", mais il fut le dernier. Seule, la branche angevine des Le Chat du Mans a évolué "vers le haut", par de riches alliances (Le Chat-Ayrault) qui donnèrent naissance à de nobles et honorables familles angevines.

Enfin, nous avons été très surpris de découvrir un lieu-dit et une "pièce de terre" appelés la "Croix-au-chat" près de St Brieuc (22), lieu de séjour très probable des Le Chat de Dingé qui migrèrent sans doute vers Pordic, en Goëllo, au nord de St Brieuc, au début du XVème siècle. Nous suivons donc la trace de cette appellation "La Croix-au-chat" comme un fil conducteur à travers les siècles et les régions, depuis les Côtes d'Armor jusqu'en Anjou [20]

Cette découverte nous ramène inévitablement à "La Croix-au-Chat" de Vernantes où habitait sans doute Guillaume Lechat, "sieur de la croix". notre sosa 6656. Après cette longue quête concernant ses origines, nous avons maintenant la conviction qu'il était le propriétaire de ce lieu-dit ainsi que ceux, très proches, de la "Grande" et de la "Petite Chaterie". Il devait donc bien connaître l'histoire de sa famille, par exemple, les noms des lieux où ils habitaient : "Le Plessis-au-Chat" à Dingé (35) et sa croix des Templiers, [8] "La Croix-au-chat" à Pordic (22), "La Chatterie" à Rouez (72), et en Anjou, à Cantenay-Epinard, à Villedieu-la-Blouère et l'existence d'un moulin "La Croix-au-chat" à La Renaudière, dans les Mauges. On ne peut plus parler de coïncidence! Le nom du lieu-dit de Vernantes n'est pas le fait du hasard : il a été choisi par Guillaume ou ses ascendants directs, en toute connaissance de cause! De même pour les deux "Chaterie". Il connaissait aussi, sans aucun doute possible, les liens privilégiés et très anciens de ses ancêtres avec les ordres des Templiers et les abbayes doloises, mancelles et celle, très proche, du Loroux de Vernantes. Aussi, respect des traditions familiales oblige, a-t-il lui-même entretenu des liens très étroits avec les familles nobles de l'Anjou qui furent si proches de la sienne dans le passé : les Cuissard, De Seillons, Hervé, Mareil et surtout les seigneurs De Jalesnes, chevaliers de Malte et de l'ordre de St Jean de Jérusalem, qui avaient dû implanter,depuis le temps des Croisades, une petite commanderie au lieu-dit "L'Hôpitau" à Vernantes dont Guillaume Lechat devait s'occuper avec l'aide de deux praticiens-chirurgiens, Louis De La Follye [21] et Michel Hervé, "sieur de Puillé", son neveu, dont le fils, François, âgé de 8 ans en 1641, accompagna Jacques De Jalesnes, nouveau commandeur de "La Feuillée" à Pont-Melvez, dans les Côtes d'Armor. Rappelons que les caves de "L'Hôpitau", profondes et nombreuses, communiquaient, "depuis toujours", selon nos anciens, avec le château de Jalesnes...

En ce début du XVIIème siècle, Guillaume Lechat apparaît comme le dernier de sa lignée, cherchant toujours à se situer dans la société vernantaise entre les nobles de souche et les bourgeois nantis.

Pour concevoir ce "rébus héraldique et hermétique", fallait-il d'abord qu'il s'appelât GUILLAUME LE CHAT ! Sa signature porte en elle le secret de ses origines lointaines car son père ne l'a pas prénommé Guillaume par hasard. Il devait être son fils aîné et son héritier testamentaire, et, par son prénom, le lien sacré transmis de siècle en siècle, porteur des traditions familiales ancestrales. C'était donc une authentique création personnelle, unique en son genre, sa "marque distinctive" qui révèle sa parfaite connaissance de sa généalogie, de l'histoire de sa famille et de celle de l'ordre du Temple dont il était l'un des chevaliers. Elle revêtait donc une triple signification : Guillaume était "le prénom de la famille" qu'il devait être fier de porter et dont la lettre initiale, "G", était la représentation graphique de l'emblème familial et de l'animal familier, le chat ou "Cattus" penché sur le patronyme LECHAT qu'il a créé par la fusion symbolique des deux patronymes LE CAT et LE CHAT, comme pour fondre en un seul mot, une seule identité, une seule famille, les LE CAT de Picardie et les LE CHAT de Bretagne et du Maine. Par sa signature, qui est comme son testament, il revendique son appartenance à une classe privilégiée et à l'ordre des hospitaliers de Jérusalem (ou de Malte, comme les De Jalesnes) et impose en même temps son nouveau patronyme "LECHAT".

Cependant, il est important de souligner que sa signature, à notre connaissance, n'a jamais contenu son prénom "Guillaume" en entier, ce qui laisserait à penser, qu'en temps qu'individu, il s'est volontairement "effacé" pour donner la priorité absolue à la symbolique familiale représentée par la lettre initiale "G", au nouveau patronyme LECHAT et à son message initiatique révélé par son appartenance à l'ordre du Temple. Il se consacra sans doute avec un réel dévouement à son idéal familial et à sa mission sacerdotale notamment en parrainant de nombreux enfants vernantais et en oeuvrant en faveur d'une réconciliation entre catholiques et protestants pendant la longue période tragique des guerres de religion qui ont marqué toute sa vie.

Sa signature, absolument unique dans les registres de Vernantes des XVIème et XVIIème siècles et porteuse d'un message "extra-ordinaire", nous conforte dans notre hypothèse de départ : Guillaume LECHAT serait bien le digne héritier de cette grande famille LE CAT-LE CHAT et l'un de ses représentants car les autres Guillaume que nous avons étudiés portaient aussi la même "marque distinctive' qui les rattachait à l'arbre généalogique commun.

On comprend maintenant pourquoi sa signature était si imposante, parfois hésitante, et énigmatique au premier abord, pour un non-initié à l'alchimie et aux doctrines hermétiques du Moyen-Age. Elle symbolisait à elle seule toute l'histoire de sa famille vieille d'au moins 600 ans et son titre de "sieur de la croix" (avec ou sans majuscule au mot "croix") pouvait avoir une double signification et laisser deviner qu'il appartenait à l"un des ordres du Temple, comme tous ses ancêtres.

Guillaume LECHAT devait être une personnalité d'une intelligence et d'une richesse spirituelle et morale exceptionnelles.

(Troisième épisode de notre étude, mars 2013)

Nous avons voulu en savoir plus sur Guillaume Lechat de Nantes, administrateur de la grande commanderie des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem en 1580, sa famille et ses relations sociales, dans l'espoir de découvrir des points communs avec notre ancêtre vernantais, son homonyme contemporain, voire même une possible filiation avec lui, et, plus généralement, un lien pouvant le rattacher aux Le Chat d'Anjou, du Maine et de Bretagne.

Sa signature (unique et exceptionnelle), apposée au bas de l'acte de baptême de Françoise Dargenton, sa nièce, tendrait à prouver qu'il devait bien être chevalier de l'ordre des Hospitaliers de St Jean. De plus, l'examen minutieux et fastidieux de nombreux registres paroissiaux ainsi que certaines archives de Nantes nous ont confortés dans notre hypothèse selon laquelle Guillaume Lechat appartenait sans doute à une branche généalogique du Maine. Enfin, l'examen des signatures des 3 Guillaume Lechat (celle du père et du fils à Nantes et celle de notre ancêtre vernantais, auxquelles nous avons ajouté celle de René Lechat de Vernoil 49) nous ont révélé, à l'évidence, une forte ressemblance tant par le message hermétique à connotation religieuse qu'elles contenaient qu'à leur composition même.

Ces quatre personnages contemporains de la fin du XVIème siècle, deux à Nantes et deux à Vernantes-Vernoil (49) avaient donc d'indéniables points communs : un patronyme "Lechat" écrit en un seul mot, une bonne éducation, une initiation, à la même source, aux sciences occultes révélée dans leurs signatures et à leur engagement religieux dans l'ordre des Hospitaliers du Temple, du temps des guerres de religion. Et, en filigrane, sans doute, leur appartenance à une même grande famille généalogique.

Pour compléter notre recherche plus globale, il nous restait à reprendre le cas (abordé dans notre première analyse) de Pierre alias Perrot Lechat, implanté à Villedieu-la-Blouère, dans les Mauges (49), en 1377 et à essayer de découvrir son origine.

Ainsi, l'étude minutieuse des deux documents datés de 1377 et de 1437 et complétés par celui de 1393, découverts aux Archives départementales de Maine-et-Loire, nous permet de comprendre encore mieux la migration des Lechat du Maine vers la Touraine et l'Anjou, leur point commun d'origine semblant être situé en Bretagne, voire en Picardie.

En ce qui concerne, Guillaume Lechat de Vernantes, notre hypothèse de départ semble se confirmer davantage par la révélation du rôle important joué par la guerre de Cent ans dans la vie de Robert et de Pierre Lechat de Villedieu et, par la suite, dans les relations privilégiées entretenues par leurs descendants avec la branche angevine des Lechat. Tout au long des guerres de religion, il devait entretenir des relations régulières avec ses cousins angevins et choletais plus ou moins impliqués dans la ligue des anti-huguenots du duc de Mercoeur qui semait la terreur à Nantes, siège de la commanderie administrée par un autre Guillaume Lechat, et en Anjou avec les trois frères de St Offange de Rochefort, alliés des Lechat angevins et descendants de ceux des Mauges. Il ne pouvait pas en être autrement et ceci expliquerait pourquoi Guillaume Lechat s'absentait parfois de Vernantes.

De par leurs titres, leurs fonctions et leur appartenance à l'ordre des Templiers puis à celui des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem, ils devaient tous être issus d'un même arbre généalogique. Rappelons la découverte étonnante, tout de même, d'un moulin appelé "Croix-au-chat" près de Villedieu-la-Blouère (49), de deux lieux-dits du même nom, l'un à Vernantes (49) et l'autre entre St Brieuc et Pordic dans les Côtes d'Armor, sans parler du château du Plessis-au-chat près de Dingé en Ille-et-Vilaine. Et que dire, enfin, des 7 lieux-dits ou domaines appelés "La Chaterie" : à Villedieu-la-Blouère, à Vernantes (2), à Vernoil-le-Fourrier, à Cantenay au nord d'Angers, à Rouez dans le Maine et près de Dingé?

On pourrait presque suivre la migration des Le Chat à la trace!

L'aventure se poursuit...Nous allons maintenant orienter nos recherches vers la Touraine pour essayer de mieux connaître la famille de Robert Le Chat et de confirmer, si possible, ses liens filiatifs avec les Le Chat de Bretagne, du Maine et de l'Anjou.

Quatrième épisode de notre étude (juin 2013)...

Concernant Robert Le Chat, propriétaire du domaine de "Panchian" à Nouzilly en Touraine, nous avons découvert un article très intéressant, sur le site "nouz37.net16.net", intitulé « Une nouvelle classe de propriétaires fonciers : la bourgeoisie de Tours à Nouzilly aux 13ème et 14ème siècles :

"En1369, nous trouvons installé à Panchien un autre fonctionnaire royal appartenant à la petite noblesse des environs de Fougères et devenu, dès 1359, lieutenant du sénéchal de Touraine, un des premiers magistrats de la province : c'est Robert ou Robin Le Chat, fils de noble homme Colin Le Chat, seigneur de la Châtière et de Langer au pays de Fougères. Robert restera plus de vingt ans en charge. A Nouzilly, il a laissé son nom au Moulin-au-Chat sous Panchien [1]. Ce n'est pas un bourgeois véritable, mais il a fait carrière en ville dans l'administration royale et se trouve par là très différent des nobles ruraux du siècle précédent ». Sur le même thème, et pour confirmer ces propos, Eusèbe de Laurière, dans son ouvrage « Ordonnances des Rois de France de la 3° race», relate également que ce même Robert Le Chat était, vers 1372, lieutenant à Tours, du bailli de Touraine.

Ces documents nous révèlent donc l'existence de Colin Le Chat, "noble homme", encore vivant en 1369, père de Robert dont nous connaissons maintenant le statut social honorable et la profession importante, "lieutenant du sénéchal de Touraine", qu'il exerça pendant au moins 20 ans, soit de 1359 à 1379. Ils appartenaient tous deux à "la petite noblesse" de Fougères en Ille-et-Vilaine, ce qui rapprochait singulièrement leur généalogie de celle des Le Chat de Bretagne. Ils avaient dû "émigrer" vers la Touraine pour une raison que nous essaierons de découvrir ultérieurement au cours de nos recherches aux Archives départementales d'Indre-et-Loire. Robert Le Chat était donc dans la droite ligne des aspirations sociales de la parentèle Lechat.

Autre révélation très importante : Robert Le Chat ne pouvait donc pas être le père de Pierre, propriétaire terrien à Villedé-en-Mauge en 1377, "fils de feu Robert Lechat". Dans le meilleur des cas, il ne pouvait en être que le petit-fils. De plus, Robert Le Chat, clerc à la cour de Tours en 1390, que nous avions découvert, était très probablement le frère de Pierre. Quant à Robert Lechat, locataire de la maison de Villedé-en-Mauge, cité dans l'aveu de Rochefort de 1437, il ne pouvait être que le fils du clerc de Tours, si l'on tient compte de l'âge avancé (77 ans en 1437) de ce dernier, (affaire à élucider si possible) et de la transmission du prénom de Robert.

En 1376-1377, Pierre Lechat, âgé sans doute d'une vingtaine d'années, a vraisemblablement partagé avec son frère présumé Robert l'héritage de leur père récemment décédé. Robert décida, par exemple, de rester à Tours et d'épouser la carrière judiciaire, suivant en cela les traces de son grand-père Robert, tandis que Pierre, l'aîné, hérita du titre de chevalier, choisit tout naturellement le métier des armes et rejoignit Olivier V de Clisson qui se préparait à quitter Tours en 1376 pour aller faire la guerre dans le Morbihan à Jean IV, son suzerain. Participa-t-il à cette campagne bretonne jusqu'à la prise d'Auray le 15 août 1377 ou bien suivit-il le duc d'Anjou et de Touraine jusqu'à Périgueux pour livrer bataille aux Anglais à Bourdeilles en ce même mois d'août? Les textes anciens consultés ne nous ont pas permis de le savoir.

Quoi qu'il en soit, nous avons la certitude que le 10 octobre 1377, il fit l'acquisition de nombreuses terres à Villedé-en-Mauge. De toute évidence, ce jeune chevalier renonçait au métier des armes, à suivre le duc d'Anjou et Olivier de Clisson dans leur guerre contre les Anglais et à devenir propriétaire terrien. Pour quelle raison majeure décida-t-il de s'installer définitivement à Villedé-en-Mauge? Nous pensons, comme nous l'avions précédemment imaginé, que "grâce à ses relations privilégiées avec les personnages de haut rang qu'il côtoyait, il est fort probable qu'au cours d'une halte dans une demeure seigneuriale des Mauges son chemin ait croisé celui de l'honorable Marie Du Port qu'il épousa et que, avec sa part d'héritage paternel et la dot de son épouse, il ait profité de la longue trêve et de la mise en vente providentielle des biens de la famille Fouquert". A 20 ans, l'amour est plus fort que la guerre! A Villedé-en-Mauge, point stratégique de passage des armées, peut-être fut-il chargé de commander une garnison et d'administrer la commanderie de St Jean de Jérusalem?

Aux Archives départementales d'Indre-et-Loire, nous avons découvert un acte daté du 18 décembre 1365 concernant l'achat, par un certain Robert Le Chat, d'une métairie appelée "Le Plessis" à Neuillé-le-Lierre, près de la seigneurie de Reugny-la-Vallière, à 25 km au nord-est de Tours.

Cet acte important, sorte de régularisation d'une situation antérieure avant donation, révèle que Robert Le Chat et "ses aïeuls" "autrefois" avaient exploité de nombreuses terres dans plusieurs villages alentour dont celles de la métairie du Plessis [2] depuis fort longtemps. On peut raisonnablement en déduire qu'au moins le père de Robert Le Chat, "noble homme" Colin, avait demeuré au Plessis. Ceci reporte donc la présence en Touraine des Le Chat au début du XIVème siècle voire avant. A moins qu'ils aient quitté Fougères à cause des persécutions dont furent victimes les Templiers. En effet, le roi Philippe IV Le Bel confisqua la baronnie de Fougères en 1307.

Par cet acte de 1365, la situation des diverses terres et avantages consentis par Robert Le Chat fut donc règlée au titre d'un hébergement antérieur de sa famille. En 1369, il était donc propriétaire du Moulin-au-chat de Panchien, près de Nouzilly et de la métairie du Plessis à Neuillé-le-Lierre en Touraine. Nous savons en outre qu'il oeuvra comme lieutenant du sénéchal de Tours sous le règne de Charles V, qui mourut en 1380, puis sous le début du règne du jeune Charles VI. Fidèle défenseur de la royauté, il connut donc toute sa vie durant les épisodes sanglants de la guerre de Cent ans, ponctuée de trêves à répétition, qui ravagèrent la France et la laissèrent exsangue. Il faut souligner que la difficulté première, avant la guerre contre les Anglais, était le manque de liquidités dans les caisses royales. Un don ou un prêt pendant cette période extrêmement difficile sur le plan financier devait être très apprécié par le roi. C'est ce que fit Robert Le Chat, comme en atteste un "reçu en velin" daté de Poitiers le 20 novembre 1385 émanant de l'administration de Louis II Le Bon, duc de Bourbon, qui nous apprend que Robert Le Chat reconnaît avoir reçu "pour les aides de guerre, la somme de 200 francs d'or pour certain don" [3].

Cette reconnaissance royale de don révèle aussi que Robert Le Chat n'avait pas le titre de chevalier, ce qui renforce encore plus la valeur symbolique d'échanges de fonds entre un honorable bourgeois tourangeau et l'administration royale à une époque très troublée par des conflits internes permanents au sein du Conseil du roi et par la guerre de Cent ans. Et cela se reproduisit à plusieurs reprises entre 1380 et 1393 [4]. A l'évidence, Robert Le Chat était riche puisqu'il avait prêté au moins 400 francs or au roi Charles VI, nous savons maintenant qu'il était décédé vraisemblablement en 1393 et que sa veuve s'appelait Philippe de Pontlevoy.

A l'évidence, aussi, la ville de Tours joua un rôle important dans les évènements qui marquèrent la fin du règne de Charles V et le début de celui de son fils Charles VI [1]. Ce fut un modèle de loyauté envers la couronne de France, lieu de pacification et de médiation, mais aussi une place forte qui savait se défendre. Elle pouvait compter sur ses notables et administrateurs tels que Robert Le Chat, un très fidèle serviteur.

Le nom de famille De Pontlevoy, que portait la veuve de Robert Le Chat en 1394, avait déjà été relevé dans l'acte d'achat de la métairie du Plessis à Neuillé-le-Lierre le 8 décembre 1365. Or, dans les mêmes Archives de Touraine, nous avons découvert un acte de "donation daté du 2 mai 1388 par Robert Le Chat à Jeanne De Pontlevoy, sa petite-fille et à Jean Dallée, son époux" [5]. Cette dot importante, qui consistait en la terre de la Roche et la métairie "Le plessis" de la Vallonnière à Neuillé-le-Lierre, laisse à penser que "sieur" Robert Le Chat avait sans doute partagé une partie de ses biens et de sa fortune en francs or, de son vivant, à l'occasion du mariage de sa (seule?) petite-fille, entre celle-ci et ses deux autres petits-fils présumés, Pierre et Robert dont le père était décédé avant 1377.

Conséquence ou coïncidence, nous savons qu'à cette époque Pierre avait acquis le domaine de La Frappinière à Cossé d'Anjou. On peut se demander pourquoi Jacquette Le Chat n'hérita pas légitimement de ces biens-là, alors que nous savons qu'elle hérita du domaine de Panchien et du Moulin-au-chat situés à Nouzilly (37) en 1398, probablement lors du décès de sa mère, Philippon de Pontlevoy dont le nom nous est révélé dans cet acte de 1388. De plus, il faut se rappeler que Pierre Lechat acheta de nouvelles terres en 1393, année, précisément, du décès présumé de Robert Le Chat. Cela confirme notre hypothèse selon laquelle le jeune Pierre Lechat quitta Tours après le décès de son père Robert (sur lequel nous n'avons aucune information) et devint propriétaire terrien grâce, en partie, à des héritages successifs. Et si, jeune chevalier, il décida de suivre Olivier de Clisson en partance pour la Bretagne, ce fut sans doute par loyauté et par devoir envers le roi Charles V et envers sa propre famille.

Ce fut probablement le cas pour son frère, Robert, clerc à la cour de justice de Tours en 1390 qui se trouva peut-être mêlé avec Jean Dallée, époux de Jeanne De Pontlevoy, donc son cousin par alliance, à l'incident survenu lors du passage à Tours, le 2 novembre 1417, du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, accompagné de la reine Isabeau de Bavière qu'il venait de libérer de l'abbaye de Marmoutier. [6] En guise de dénouement, en novembre 1418, le roi mit le siège devant la capitale de son duché et la reprit, les exilés rentrèrent et les Bourguignons et leurs familles s'enfuirent. Jean Dallée fut rétabli dans ses biens et sa fonction de lieutenant général du gouvernement ducal du futur roi Charles VII. On peut penser que le sort de Robert Le Chat fut lié à celui de son cousin. Ceci explique sans doute que nous n'ayons trouvé aucune trace de son patrimoine en Touraine, à cette époque. Seule, la présence d'un certain Robert Lechat, comme locataire de la maison de Pierre Lechat à Villedé-en-Mauge, est mentionnée dans l'aveu de Rochefort, en Anjou, en 1437. Il était sans doute le fils de Robert, clerc à la cour de Tours, qui s'était peut-être exilé en Anjou, mais qui réapparut en 1439 [7], près de Neuillé-le-Lierre et des biens de la famille Dallée dont la fille, Jehanne, se faisait appeler "dame du Plessis et de la Roche" dans un acte daté du 10 mars 1438 [8]. Ce Robert-là serait la preuve irréfutable d'une filiation entre les Le Chat de Touraine et les filles de Pierre Lechat des Mauges.

Quoi qu'il en soit, les liens familiaux semblent avoir été très forts et durables, donc, entre les Dallée de Reugny et les Le Chat de Tours dont la branche généalogique commune, au XIVème siècle, est celle des De Pontlevoy de Touraine : En effet, "sieur" Robert Le Chat avait épousé Philippe de Pontlevoy, leur fille Jacquette était l'épouse de Jehan de Pontlevoy et leur fille Jeanne avait pour époux Jean Dallée.

Nous avons même pu remonter une partie de la généalogie et de l'histoire de la famille De Pontlevoy de Touraine jusqu'au XIème siècle au pays de Fougères, en Ille-et-Vilaine, les rapprochant, ainsi, sensiblement de celles de notre parentèle Le Chat.

Au cours de nos récentes recherches, nous avons également découvert que "noble homme" Colin Le Chat était" "seigneur de la Chatière et de Langer" précisément au pays de Fougères. Ainsi, donc, Colin, possible descendant des Le Chat de Bretagne, a probablement quitté, vers 1307, la baronnie de Fougères particulièrement touchée par les percécutions contre les Templiers, et il est venu se réfugier en Touraine, terre plus hospitalière, auprès de la parentèle De Pontlevoy. Robert, son père, né sans doute vers 1250 au pays de Fougères, a dû l'accompagner puisqu'il était sous-bailli de Tours en 1318. Ce qui prouve qu'ils appartenaient tous deux à une honorable famille sans doute proche de l'ordre des hospitaliers de Jérusalem et du monde ecclésiastique, justement en accord avec la tradition ancestrale des Le Chat de Bretagne.

D'ailleurs, à ce sujet, nous voudrions évoquer le cas de Guillaume et de Robert Le Chat de Mantes, dans les Yvelines, entre 1235 et 1251. Leur investissement personnel et total tant au plan social que religieux est bien dans la droite ligne de la tradition ancestrale de la puissante parentèle Le Chat de Bretagne, issue de l'évêque de Rennes du Xème siècle. C'est une évidence qui conforte notre hypothèse de départ. Il nous reste à trouver les "maillons manquants". Par exemple, quel lien peut-il y avoir entre Guillaume et Robert Le Chat de Mantes et ce Guillaume Le Chat dont la femme, Marguerite, fit don, en 1386, à l'Hôtel-Dieu de Chartres, d'une maison située dans la rue Saint-André? A première vue, aucun, si ce n'est que la commanderie des hospitaliers de Jérusalem était située tout près, dans la rue des Lisses (implantation actuelle de la maison d'arrêt) et qu'un certain Guillaume De Pontlevoy fut sous-chantre puis chanoine de la cathédrale de Chartres entre 1301 et 1311.

A l'issue du quatrième épisode de nos recherches portant sur l'origine possible des Le Chat de Touraine, nous avons entrepris une nouvelle lecture de nos sources bibliographiques et historiques concernant la parentèle Le Chat de Bretagne, vérifié nos connaissances et essayé d'établir "une hypothèse généalogique" acceptable, sous la forme d'un tableau synoptique dont le personnage le plus ancien, révélé par les textes des historiens, est un certain "Burchard", fils présumé de Constance Gautier, évêque de Rennes, au début du Xème siècle, et ancêtre de Robert Le Chat de Touraine à la 12ème génération, sous le règne de Louis IV, roi des Francs, de la dynastie des Carolingiens.

Au siècle suivant, à l'aube de la réforme de l'Eglise entreprise par le pape Grégoire VII pour imposer notamment le célibat des prêtres, il nous est apparu difficile de connaître l'origine patronymique réelle des membres de la puissante parentèle Le Chat, dont faisaient partie les seigneurs de Combourg et de Dol et la famille de Dinan-Aleth, attendu qu'ils étaient très probablement issus de certains archevêques ou évêques influents, mariés ou célibataires. Pour les identifier, nous n'avons trouvé que leurs prénoms ("Burchard", "Gausbert", "Riwallon" "Boutier", par exemple) auxquels était accolé le nom d'une seigneurie ou celui d'une paroisse ou d'une ville. Heureusement, nous avons pu les "apparenter" grâce au nom de "CATTUS" (ou "Le Chat", en français) qu'ils portaient comme un sobriquet (d'un usage courant et très utile à cette époque reculée, comme "Guitmondus dit Le Chat", abbé de St Florent de Saumur), une marque de distinction matérialisée dans leurs armoiries. ("la tour du chat" existe encore de nos jours au château de Combourg!) [10].

Cinquième épisode de notre étude (fin août 2016)

Nos recherches ayant bien avancé, il est peut-être temps maintenant de chercher à découvrir l'origine possible de ce sobriquet "Le Chat" et notamment de sa variante LE CAT que les prêtres officiant à Vernantes (49) employaient souvent à la fin du XVIème siècle.

Le chat domestique est communément décrit comme un petit prédateur rusé, sournois, très patient, mangeur de petits rongeurs et animal de compagnie de l'homme. Cette définition correspond donc tout à fait à la devise des Le Chat de Kersaint dans les Côtes d'Armor : "Mauvais chat, mauvais rat". Les seigneurs de Dol et de Combourg devaient donc aimer cet animal domestique puisqu'ils en firent leur emblème familial. Mais cette explication nous paraît trop facile et quelque peu réductrice

Jean Tosti, spécialiste de l’étymologie des noms de famille, tire de la forme LECHAPT, "CHAPT" du latin CAPUT, « tête, chef ». Il s’agirait alors du sens de « chef de village ». On rapprochera aisément cette interprétation des mots "capîtaine", "capitulaire" et de "chapitre", assemblée de religieux dont le chef était peut-être appelé "le chapt", ou tout simplement de l'origine génétique des Le Chat bretons engendrés par les GAUTIER, "dynastie des évêques concubinaires ou mariés de Rennes" d'avant la réforme du pape Grégoire VII au XIème siècle. Le choix du sobriquet "Le Chat" ne serait-il pas, en réalité, une ruse pour cacher l'origine bâtarde "ecclésiastique" révélée par la variante "Le Chapt"? Le Chat/Le Chapt, même prononciation, habile superposition de deux mots, une jolie entourloupette, en quelque sorte! Pourquoi pas? Mais ne dit-on pas que "Les voix du Seigneur sont impénétrables"....Les moines français du Moyen-Age auraient-ils été complices de cette combine, car, enfin, si le "p" de "Chapt" "se voit", il ne se prononce pas. L'intention était donc évidente, si l'on retient cette hypothèse.

En prenant un peu plus de "hauteur", quelle signification symbolique ce sobriquet pouvait-il revêtir? En héraldique, le chat était, en particulier, représenté assis, effarouché, effrayé ou accroupi. Par ailleurs, il était respecté par les Anciens car il symbolisait le courage, l'indépendance et la liberté. En choisissant le chat comme emblème, les seigneurs de Dol-Combourg se présentaient donc comme des guerriers intrépides, farouches défenseurs de leur cité qu'il était impossible de réduire sans lourdes pertes (chat "effrayé" devant l'adversité, certes, mais pas vaincu d'avanve!). Cette interprétation convient très bien à l'image que l'on peut se faire de Riwallon Ier dit "Chèvre-Chenue", apparenté aux Le Chat de Dol, dépeint dans les textes médiévaux comme un rebelle retors toujours en conflit avec son suzerain breton ou même avec Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, notamment en 1064. Comme avoué de Dol, il défendit sa cité avec acharnement, tout comme les LE CHAT, ses proches parents, qui défendirent leurs intérêts et leurs biens face à leurs rivaux locaux et aux moines de l'abbaye de Saint-Florent-de-Saumur. Le sobriquet de "Chèvre-Chenue" (animal des montagnes intrépide et très adroit , à la tête dégarnie), qu'il porta lors de l'invasion de l'Angleterre en octobre 1066, lui donna probablement une stature de vieillard vénérable, grand et belliqueux, à la barbichette blanche, qui sait? [23]

Si l'on se reporte aux traditions ancestrales nourries de croyances occultes et de superstitions qui ont marqué notamment le Moyen-Age en Europe, le chat (surtout noir), dont les yeux mystérieux brillaient d'une lumière jugée maléfique par les religieux, était considéré comme le représentant du diable, compagnon des sorcières rejeté de peur qu'il n'attirât le malheur, alors qu'il portait bonheur en Angleterre.

Nous avons alors repensé au Chapalu, chat monstrueux et effrayant décrit dans les textes médiévaux relatant la légende arthurienne, en particulier ceux de Geoffroy de Monmouth, vers 1135, dont l'intention était probablement "d'ancrer la légitimité politique de la dynastie normande dans le passé de l'ancienne Bretagne, en mettant à profit la présence de nombreux combattants bretons" parmi les compagnons de Guillaume le Conquérant lors de l'invasion de l'Angleterre en 1066, fournissant ainsi aux Normands la justification d'un passé local et de leur conquête anglaise. D'ailleurs, le Roi Arthur n'était-il pas le roi breton qui avait organisé la défense des peuples celtes de la petite et de la grande Bretagne, au Vème siècle contre les envahisseurs germaniques? En outre, Combourg n'était-il pas au coeur de la Brocéliande armoricaine qui comprenait d'ailleurs le fief du Plessis-au-chat, près de Dol?

Mais alors, pourquoi avoir choisi le chat comme sobriquet, si l'on se réfère à la légende du Chapalu et à sa réputation diabolique colportée au Moyen-Age en Europe? Les seigneurs de Dol-Combourg étaient pourtant de fervents chrétiens, alliés des évêques Gautier "concubinaires" de Rennes et comptant dans leurs descendants de hautes personnalités religieuses. D'où venait cette apparente contradiction? Quelle force supérieure les a-t-elle donc fait choisir cet animal effrayant quaifié d'"effrayé" dans les armoiries des comtes?

La légende du Chapalu, issue de croyances celtiques anciennes (vers le Vème siècle), évoque "un lien étroit avec l'élément liquide", "une personnification mythique de la mer" et même de la mort, de "l'Autre Monde" si chère aux peuples celtiques. En prenant comme emblème ce chat mythique jeté à la mer, les ancêtres des comtes de Dol-Combourg n'ont-ils pas voulu apporter leur protection à cet animal "effrayé" qui représentait pour eux le symbole de l'identité celtique évoquée dans "la matière de Bretagne", ensemble des textes médiévaux écrits au XIIème siècle autour des légendes des deux Bretagne, la petite et la grande, que Geoffroy de Monmouth remit à l'honneur vers 1135? Dans cette hypothèse, les familles bretonnes dominantes, dont celles de Dol-Combourg-Le Chat ou de Dinan, se seraient alors présentées comme les défenseurs de leur royaume de Bretagne, identité encore plus forte que leur allégeance à la Papauté romaine. Finalement, ces deux interprétations se rejoignent et se complètent, car, pour les Bretons, le chat "effrayé" mais pas effrayant, devait être le symbole du courage, de l'indépendance, de la liberté et d'une certaine identité culturelle celte qui unissait les peuples riverains de la Manche.

La signature de Guillaume LECHAT en est une belle illusration. En effet, en associant notamment les serpents et le bâton dans sa signature, notre ancêtre a voulu probablement condenser toute l'histoire de son patronyme-sobriquet depuis au moins le Xème siècle. Il a dû avoir accès aux textes médiévaux, aux sciences occultes et à l'histoire même de sa famille. Quelle érudition! Quel beau témoignage! Il eût été très dommage de ne pas l'étudier.

Au bout de quelques générations, à partir de la seconde moitié du XIème siècle, alors que l'usage d'un prénom ne suffisait plus pour identifier un individu, le sobriquet de "Le Chat" est devenu un patronyme pour certaines branches de la parentèle, dont celle qui nous concerne, ou "Le Cat" "Lecat" en Picardie ou "Le Chapt" pour d'autres, ce dernier rappelant sans doute la fonction de certains ancêtres bretons au sein du chapitre ou "assemblée délibérante composée de religieux ou de chanoines". [12]

Sixième épisode de notre étude (octobre 2016)

Mais pour mieux comprendre comment un individu était identifié à cette époque, il faut d'abord évoquer succinctement le cadre structurel de la vie sociétale du régaire de Dol qui gravitait autour d'un sanctuaire important qu'était l'église Notre-Dame[15a]. D'une part, il y avait la puissance seigneuriale sans partage de Junguené (décédé vers 1040), l'archevêque de Dol, frère aîné de Riwallon Ier, chevalier et vicomte, auquel il avait confié la défense militaire de son régaire, en tant qu'avoué. D'un autre côté, il y avait les « parentés indigènes », puissants vassaux/vavasseurs issus pour la plupart d'une dynastie ecclésiastique bien établie, composée de prêtres nicolaïques et simoniaques (mariés, concubins ou célibataires) qui « partageaient des droits héréditaires » sur les églises et les cimetières, lieux d'asile sacrés. Avec la réforme grégorienne qui débuta en 1059, la structure sociétale du régaire de Dol-Combourg va subir de profonds changements sous l'impulsion des moines des deux puissantes abbayes de Saint-Florent-de-Saumur et de Marmoutier de Tours dont le rôle va devenir prépondérant. En effet, les parentés d'héritiers constituées de milites, chevaliers, clercs ou laïcs furent amenées, peu à peu, avec plus ou moins de résistance, à céder leurs droits héréditaires aux moines de ces deux abbayes concurrentes. [15b]

L'histoire de la parentèle Le Chat (ou Catus) est l'exemple le plus représentatif (voire unique) pour illustrer les changements qui s'opérèrent dans la société doloise et dans le processus d'identification des individus Le Chat de Bretagne

Depuis au moins le début du Xème siècle, Ils étaient les vassaux des seigneurs de Dol-Combourg avec lesquels ils avaient des liens de parenté très étroits. Vers 1025, Junkéné décida l'édification d'un château en bois à Dol avec l'aide de son fils Riwallon et de son vassal Hamon Catus (dit Le Chat) et "l'inféodation de son régaire (composé d'une quarantaine de paroisses dont une douzaine attribuée à Riwallon) en créant au moins 12 fiefs qu'il répartit entre ses fidèles chevaliers (dont probablement des Catus).

Fervents défenseurs de la réforme de Grégoire VII, ils restituèrent leurs droits sur des églises et cimetières avec d'autant plus de facilité que certains de leurs membres appartenaient à tous les niveaux de la hiérarchie ecclésiastique : vicaires, prieurs, clercs, et même abbés de Saint-Florent-de-Saumur, d'implantation rurale, et de Marmoutier, d'implantation castrale[15c].

La parentèle Le Chat était implantée principalement à peu de distance au sud et à l'est de Combourg comme en attestent les chartes concernant les donations des dîmes sur les églises et les cimetières : Dol, Dingé, Langan, Tremblay, Tinténiac, Romazy et Antrain, ces deux dernières à proximité immédiate des terres de la puissante famille de Fougères.[15d1/3] Leurs descendants immédiats s'allièrent avec des familles très proches comme notamment les Langan/Lanrigan (liens de consanguinité). Elle fournit également son contingent de chevaliers-milites comme Thomas Le Chat dit Boutier à l'ost du duc de Bretagne ou pour la défense du régaire de Dol comme lors du conflit qui opposa le duc de Normandie au duc de Bretagne devant Dol en 1064. Mais après 1066, année de l'invasion de l'Angleterre et jusqu'au début du XIIème siècle, l'autorité ducale se disloque et les Eudonides rejoignent la mouvance anglo-normande comme les Baderon. De plus, sous la pression grandissante de la réforme grégorienne, l'écart s'est creusé entre les Domini du château de Combourg et les milites qui se mirent à contester certaines donations (comme Thomas Le Chat dit Boutier, litige 1099-1132) et à construire des mottes féodales en dehors des paroisses, comme les Le Chat au "Plessis-au-Chat" près de Dingé, pour échapper à l'encadrement ecclésiastique.[15d2 et 3 ] [21]

De par son statut privilégié unique, parents proches et vassaux, chevaliers milites des seigneurs de Dol-Combourg et ecclésiastiques très influents, la parentèle Le Chat joua donc un rôle éminemment important dans la retructuration du régaire de Dol-Combourg jusqu'au début du XIIème siècle.

Avant le début de la réforme grégorienne (vers 1050-1060), les individus étaient identifiés selon la formule "fils ou fille de" comme par exemple "Hervé fils de Burchard" . Puis, on vit apparaître, dans les textes anciens de Dom Morice, des membres d'une parentèle nommée Catus, témoins de chartes qui officialisèrent le transfert de droits héréditaires complets ou partiels sur des églises et cimetières. [17]

En tant que membres d'une nombreuse famille de chevaliers, de clercs ou de laïcs, les Le Chat ne se sont donc pas identifiés, comme leurs proches parents, les "Domini" de Dol-Combourg, par rapport à leurs terres du "Plessis-au-Chat" situées près de Dingé, au sud de Combourg. Pas d'anthroponymie donc, mais ils ont conservé simplement un sobriquet qui est devenu un simple patronyme.

Le lien de parenté qui avait uni tous ces individus avait dû se constituer bien avant le XIème siècle (Rappelons-nous que Rivallon, "fils de Gausbert", avait "hérité de ses pères, de droits héréditaires sur Notre-Dame de Combourg"). Il faut bien reconnaître qu'il en résulta une certaine confusion causée par ces formes multiples d'identification collatérale. Devrait-on dire, par exemple, "Guillaume de Combourg dit Le Chat", abbé de Marmoutier, "Guillaume dit Le Chat de Combourg" ou tout simplement "Guillaume dit Le Chat"? (En fait, il se faisait appeler "Guillaume de Combourg" à Marmoutier). Dans notre généalogie, nous avons adopté la formulation "Guillaume Le Chat".

Bien sûr, ce ne devait pas être très flatteur de porter un sobriquet "moqueur" tel que "Catus/Le Chat". Cependant, il se pourrait fort bien qu'un "fils bâtard" d'un évêque breton, réfugié outre-Manche vers le Vème siècle, ait été affublé du sobriquet celtique "Cath" signifiant "chat", comme dans la légende du Chapalu. Nous avons déjà vu que le père de Rivallon, notre "tige", portait comme prénom Burchard (origine : "old English Burgheard"), Les Le Chat étaient peut-être tout simplement fiers de porter leur sobriquet (même "moqueur") qui leur rappelait leur origine celtique très ancienne. Pourquoi pas? Au fil des siècles, et selon les régions ou les pays où ils se sont implantés, leur patronyme a subi des variations orthographiques inévitables, les plus répandues étant Catus, Le Chat, Le Cat, puis Lechat, Lechapt et Lecat. (avec notamment des ramifications dans les Flandres, au Royaume Uni et aux USA).

Septième épisode (novembre 2016)

Notre étude de la parentèle Le Chat de Dingé/Combourg/Dol est maintenant bien avancée : Grâce aux nombreux documents anciens et aux écrits d'historiens réputés fiables et confirmés, nous avons essayé de préciser l'origine du sobriquet Le Chat, le processus d'identification des seigneurs du "Plessis-au-Chat" et le rôle prépondérant qu'ils ont joué dans l'évolution de la société doloise. Notre hypothèse généalogique se confirme donc peu à peu, mais il nous reste à trouver maintenant la réponse à deux questions essentielles :

1 / Lequel des 6 fils de Rivallon/Guitmont: Catus/Le Chat pourrait être la "tige" de notre généalogie angevine : Guillaume, Rivallon, Robert, Boutier, Geoffroy Le Roux ou peut-être Adam?

2 / Existe-il un lien de parenté entre la famille Le Chat de Dingé et celle de Kersaint, en Goëllo? Eventuellement, laquelle serait à l'origine de l'autre et à quel moment ce lien se serait-il noué?

Pour répondre à la première question, et en nous appuyant sur nos connaissances acquises récemment, nous avons, tout d'abord et provisoirement, "écarté" "Guillaume de Combour", l'aîné, abbé de Marmoutier, sans descendance avérée, Rivallon, frère puîné, dont la courte descendance connue ne présentait aucune piste valable, Robert, chapelain, dont le petit-fils, Gautier ou Walter, s'établit en Angleterre, à la suite d'Alain fils de Flaad, de la famille de FitzAlan, ancêtre des Stuart d'Ecosse, au XIIème siècle. Geoffroy, chapelain, prêtre simoniaque, qui eut 3 fils ou peut-être quatre : Guillaume, Jehan, Robert et Geoffroy.et un petit-fils, Geoffroy, sans descendance connue. Quant à Adam "Le Cat", on a retrouvé sa trace sans suite, en Angleterre, au début du XIIème siècle.

Il ne nous restait plus que Boutier dont le fils, Thomas, décida de prendre le patronyme de Boutier. Il ne pouvait donc pas être la "tige" de notre généalogie. En conséquence, nous nous trouvions finalement devant une impasse possible.

Cependant, le cas de Boutier Le Chat nous avait particulièrement intéressé à plus d'un égard : Il avait résisté avec obstination aux ecclésiastiques jusqu'en 1133, révélant un caractère bien trempé et une volonté d'indépendance qu'il transmit à son fils Thomas. Tous deux furent des chevaliers combatifs et ambitieux qui s'illustrèrent en Angleterre. En suivant notre intuition, nous avons eu la curiosité d'en savoir davantage sur leur descendance dans l'espoir de découvrir des évènements pouvant éventuellement nous aider dans notre "enquête généalogique".

Après avoir consulté de nombreux textes anciens et effectué de multiples recoupements à partir de nombreuses généalogies de la noblesse bretonne (les seules, couvrant cette époque reculée), nous avons effectivement relevé de sérieux indices révélant des changements importants dans l'histoire de la parentèle Le Chat

On peut parler de "mouvance" Boutier si l'on se réfère à la définition de ce mot propre à l'époque de la féodalité : "Dépendance d'un fief par rapport à un autre, par extension, domaine d'influence d'un fief". Les Boutier contractèrent de nombreuses alliances matrimoniales avec des familles nobles très influentes et devinrent les seigneurs de nombreux fiefs, certainement animés de grandes ambitions et unis par un solide esprit de famille.

Les Boutier furent des vassaux fidèles, dévoués et loyaux des Ducs de Bretagne qu'ils défendirent avec bravoure au cours de la guerre de succession en 1357, tout comme ils soutinrent les rois de France dans leur lutte contre les Anglais pendant la guerre de Cent Ans, fidèles compagnons de Du Guesclin.

Ils partagèrent certainement ce sens de l'honneur et cette loyauté avec Jehan Le Chat, qui, rappelons-nous, guerroya contre les Anglais dès 1375 aux côtés de Du Guesclin et d'Olivier de Clisson jusque dans le Périgord.

L'analyse de la généalogie Boutier nous a donc permis de rattacher, avec presque certitude, Jehan Le Chat à la famille de Dingé. Mais elle nous a également donné l'idée d'étudier de très près l'histoire des mottes, des manoirs et des biens familiaux des Boutier et des Le Chat au fil des siècles, et, en particulier, pendant la guerre de Cent Ans. Nous avons fait alors des découvertes très intéressantes.

Près de Dingé se trouvaient les manoirs du "Plessis-au-Chat" et de la "Bouteillerie", celui de "La Chattière" en Saint-Ouen-la-Rouërie et sa motte en Tremblay et "La Motte-Boutier" à Tinténiac.

Nous avons découvert que vers la fin de la guerre de Cent Ans (1450), la branche Boutier de la Bouteillerie, représentée par Thomas fils de Jean et de Jeanne De Saint-Gilles, sans héritier connu, semble s'être fondue, dans la famille Massuel qui devint donc propriétaire de ce manoir. Dans la même période, "La Motte-Boutier" "passa" dans la famille d'Arthur Ier Gruel (décédé avant 1474), époux de Brigitte Boutier, dame de la Haie-Boutier. La mouvance Boutier se regroupa autour de Baguer-Morvan (35).[2]

L'étude de l'histoire de "La Chattière" et du "Plessis-au-Chat" nous a peut-être permis de lever le voile sur un moment-clé de la généalogie de la parentèle Le Chat de Bretagne.

En effet, au tout début du XVème siècle, et peut-être même avant, c'est-à-dire en pleine guerre de Cent Ans, le descendant de Geoffroy Le Chat, qui céda "la Chattière" en Tremblay, était sans doute le même qui céda" Le Plessis-au-Chat", quelques années plus tard. Il devait probablement être le seul de cette branche issue de Geoffroy Le Chat à avoir survécu à cette terrible guerre de Cent Ans qui causa donc pas mal de bouleversements dans la vie des Le Chat et apparentés.

Nous sommes persuadés que ce "survivant" a été Jehan Le Chat fils de Robert et fidèle compagnon de Du Guesclin et d'Olivier de Clisson.[2]

La réponse à la deuxième question nous apparaît maintenant comme évidente : Jehan Le Chat fut ce lien entre les Le Chat de Haute-Bretagne et ceux de Kersaint en Goëllo.

Il y eut plusieurs montres à Pordic, en Goëllo, avant celle de 1437 à laquelle participa un certain "Le Chat , seigneur de Kersaint, de l'Isle, de Lizandré, du Bourg Neuf, et dont les armes étaient "de sable au chat effarouché" avec pour devise : "mauvais chat, mauvais rat". Belles preuves de continuité dans la généalogie des Le Chat! Le sobriquet-patronyme d'origine, porté dorénavant par un seul homme, se retrouvait donc soudain en Goëllo. Aucune trace d'un Le Chat à l'ouest de Saint-Brieuc avant cette année-là. Par recoupements, nous pensons que Jehan Lechat a dû quitter "Le Plessis-au-Chat" de Dingé et rejoindre Pordic entre 1426 et 1437, peut-être bien en 1428, suite à la confiscation de terres et à la première Réformation en 1426 ordonnées par Jean V, duc de Bretagne, ce qui eut pour conséquence l'anoblissement des Le Chat de Kersaint et de Dingé en 1669.

Tous ces évènements sont de nature à confirmer notre hypothèse généalogique : Jehan Le Chat du "Plessis-au-Chat" de Dingé est bien à l'origine de la souche des Le Chat de Kersaint au début du XVème siècle. L'"esprit de famille" (ou de solidarité) des Le Chat-Boutier semble avoir joué un rôle important dans l'implantation de Jehan le Chat en Goëllo, qui ne serait donc pas véritablement une surprise, à un moment difficile pour le duc de Bretagne (1426 impôt "exceptionnel" de fouage, confiscation de terres et première Réformation)

Récompensé pour services rendus (?). Peut-être. Quoi qu'il en soit, il est devenu en quelques années un puissant vassal du seigneur de Penthièvre.

Assez curieusement, il existait à Pordic la famille De La Porte/Le Porc qui était liée depuis longtemps aux familles angevines de La Jaille, d'Andigné et de Vezins.

A la fin du XVème et au début du XVIème siècles, les familles nobles de Vezins et de Maillé de La Tour-Landry s'unirent par les liens du mariage. La paroisse de La Tour-Landry n'était distante que de quelques lieues de Vezins. Durant la guerre de Cent Ans, Geoffroy de la Tour-Landry, décédé en 1391, petit-fils de Jeanne De Maillé, s'illustra aux côtés de Bertrand Du Guesclin et croisa forcément le chemin de Jehan Le Chat , d'autant plus que la famille de ce dernier était installée à Villedieu, au nord-ouest de Cholet et était propriétaire du domaine de La Frappinière à Cossé d'Anjou, distante d'une lieue. Ajoutons enfin qu'au XVIème siècle, les familles De Maillé de La Tour-Landry et de Jalesne s'unirent à Vernantes où vécut notre ancêtre Guillaume Lechat.

Jehan Le Chat aurait-il finalement choisi de s'installer à Pordic compte tenu de ses relations "guerrières" et de "voisinage" avec les barons de Vezins, les seigneurs de La Tour-Landry et les De Maillé originaires de Luynes, en Touraine, que Robert Le Chat, son père, devait également bien connaître? Voilà des rapprochements assez troublants!

Il aurait tout aussi bien pu rester dans le Maine-Anjou : dans les Mauges, à Saumur, au Mans où il épousa Agnès Darne en 1377. Il rejoignit la Haute-Bretagne avec son frère Philippot.

Au fil de nos épisodes successifs, notre enquête généalogique s'est affinée peu à peu. Mais de nombreuses et importantes zones d'ombre subsistent bien sûr et ne seront probablement jamais levées tellement les documents originaux et authentiques sont rares. Les historiens ne jurent que par eux, aussi trouveront-ils notre hypothèse de recherche peu (ou pas du tout) fiable. Mais la vérité historique avance aussi grâce aux hypothèses, à l'intuition, à la curiosité et à la passion d'humbles chercheurs bénévoles que nous sommes.

Il est temps pour nous de faire le point sur notre enquête généalogique.

Il fallut attendre le XVIIème siècle et Guillaume Lechat de Vernantes (49) pour que le nouveau patronyme Lechat, écrit en un seul mot, s'imposât peu à peu dans le Saumurois, malgré la négligence ou la réticence marquée des ecclésiastiques. La parenté Le Chat angevine, quant à elle, conserva le patronyme en deux mots.

D'après nos recherches qui s'appuient sur les textes des historiens et chroniqueurs spécialistes du Moyen-Age, et selon notre hypothèse personnelle, nous avons la conviction que les personnes actuelles, de tout pays, porteuses du patronyme LECHAT (et ses principaux dérivés LE CAT et LECHAPT et même CATUS, sauf peut-être les personnes descendant d'Amaury Catus/Chat du Poitou) sont issues de la même souche bretonne d'Ille-et-Vilaine qu'ils doivent partager avec les descendants de la famille des seigneurs de DOL-COMBOURG "indirectement liée" (doux euphémisme...) à celle des évêques de Rennes originaires de La Guerche depuis au moins le Xème siècle.

A chacun sa vérité. Notre ancêtre a cherché la sienne qu'il a défendue avec ferveur et fermeté, voulant faire progresser l'histoire du nom qu'il portait fièrement. Par les épisodes successifs de notre étude, nous espérons confirmer notre hypothèse de départ et honorer ainsi la mémoire de notre ancêtre, convaincus qu'elle s'approche peu à peu de la Vérité.

A suivre...