1914 CORRESPONDANCE 1918

René Plaçais et Marie Louise Martineau,
jeunes mariés et parents d'une petite Hélène, 16 mois en 1914, ont entretenu une correspondance régulière pendant la "Grande Guerre".
Les textes qui suivent, transcrits fidèlement, sont extraits d'un album de 376 cartes postales.
On y apprend des détails intéressants sur la vie d'un artilleur en campagne notamment dans le nord de la France et celle d'une jeune agricultrice qui dut assumer seule la gestion de la ferme familiale de 6 hectares, ainsi que les "tournées de lait" dans la campagne, avec sa charrette et son cheval, tout en rendant des comptes "à distance" à son mari vigilant et soucieux de sa terre de "Puy" ou Puillé, à Vernantes, 49.
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20/08/1914 Parti de NANTES le 19 août, René a rejoint son régiment d'artillerie à CHOISY-LE-ROI après 22 heures de voyage.
31/10/1914
A BEAUMETZ-LES-LOGES (62), René a retrouvé avec beaucoup de plaisir trois Vernantais, Henri Vigreux, Auguste Taveau et Foucque. Le moral est remonté.
24/12/1914 Henriette Vigreux, femme d'Henri, souhaite la bonne année à René : "J'espère que la guerre ne sera pas trop longue..."
16/01/1915
René est cantonné à DAINVILLE, près d'ARRAS. "les obus écroullent les maisons, cette ville il y a bientôt plus que les murs de reste, une drôle de vie que la guerre, il faudrai bien que se serai la dernière car ses affreux de voir des choses pareilles, enfin on espère que dici quelques moi sa sera fini..."
19/01/1915
"Nous avons de la neige. J'ai étai couché dans les tranchées à côté de Foucque, avec un bon feu et hier soir nous avons fait une manille jusqu'à 10 heures, faut pas se plaindre. Il a gelé très dur c'est un plus beau temps que de l'eau, sa sera bien pour les terres de Puy"
29/01/1915
"il ne fait pas chaud cette nuie il a gelé ben dur ses un plus beau temps que de l'eau sa sera ben pour les terres de Puy"
11/04/1915 "Nous sommes en batterie au près de MONT SAINT ELOI (62)
01/06/1915
René : "Tu me dit que la vache vaut 700 francs, tu peu la vendre a des condition comme sa mais il ne faut pas la vendre pour rien pour cettte argent, on en trouvera bien une autre plus tard, et surtout qu'il faut acheté de quoi leur donner a manger et la tort qui s'élève l'année prochaine sa nous fera une vache, l'avoine vaut 15 a 16 francs la poche sa bien cher tou cela ci toute fois tu manquai de foin pour d'ici la récolte, et que tu ne pourrai pas en trouvé Foucque m'a dit qu'il en avait mais il n'est pas bien bon"
02/06/1915
René : "Tu me dis qu'il a passer 1700 soldats a Vernantes il y en a de tous les cotés, ils sont menu comme des chiens que tu me dis ébien nous sa n'est pas la même choses on es très bien traité on nous dit rien de ce moment pour coucher sur la paille sa ce n'est rien une fois abitué"
03/06/1915
René cantonné au château de VILLERS-CHATEL (62) : "Tu n'a pas eu de chance non plus que la bicque a crevé ses encore une pièce de 15 francs de perdu et Hélène ne va pas etre contante. ..les bourgs ne sont pas ci bien que chez nous la moitié des maisons sont couvertes en paille ses des droles de pays"
18/06/1915
René : "Tu as acheté le foin au père Chaussepied quesque tu veux ces du bon foin tu fais pour le mieux tu a raison celement sa fais beaucoup de travail, si tu pouvais le faire fauché à la fauscille sa te débarrasserai bien, tous cela ses la misère pour nous"
06/07/1915
René :"Je n'ai rien à faire...Impots à payer : il en faut de l'argent pour ce fourbis pareillle. Ton foin est rentré c'est le principal mon père t'a aidée à rentrer le reste mais y a encore le blé à couper les journaux disent que nous ne passerons pas l'hiver que la guerre ne va pas être longue. Mon oncle de LONGUE me demande comment tu fais pour m'envoyer de l'argent. Pour les permissions, nous sommes 130, il y en a un tous les jours."
27/07/1915
"Nous avons changé nos pièces de positions et je t'envoient le patelin ou on les a menée les tuiles on tombé par la force des obus boches il n'y a plus rien de reste; tout est dévasté sa n'est pas rigolot pour les jens a qui sa appartien"
04/08/1915 René à NOTRE-DAME-DE-LORETTE : "Nos batteries sont à 1500 mètres de là...Tu a fai de l'argent de ton lait tous sa fai plaisir."
28/08/1915
René à ABLAIN SAINT NAZAIRE (62), au pied de Notre Dame de Lorette : "Nos pièces sont en position dans ce patelin, il y a un an on y passé et aujourdhui nous y sommes en batterie." Tout est en ruines. René est horrifié devant autant de pertes humaines et de destructions.
29/08/1915
Marie apprend à aller à bicyclette : "quand la guerre sera finie tu en voudras une enfin si tout va bien tu l'auras bien gagné car tu as beaucoup de misère cette année. Le château de VILLER CHATEL de où nous sommes on a toujours peur que les perms soient supprimées car dans le mois de septembre on va peut être encore essayer un coup on ne peut pas toujours rester sur les mêmes positions ou bien la guerre ne finira jamais. Tu vas donner 50 francs à Foucque et ma montre...Tu me dis que je dis des blagues je préférerais les faire mais c'est impossible"
01/09/1915
Le régiment d'artillerie de René se déplace vers l'Est. Marie reçoit une carte d'AUXON (VESOUL) où René a séjourné. Départ pour BELFORT, 80 km à pied..."Tu me dit que tu va aller chez Taveau acheter une charette tache de faire de bonnes affaires puisque te voilà le patron"
25/10/1915
Albert Trainaud écrit de MOREUIL (Somme) à son ami René "en perm, amuses toi bien avec ta chère moitié et surtout pas de bêtises petit!!!...Les copains te souhaitent beaucoup de distractions !!!!!"
02/04/1916
René de retour près d'ARRAS : "Je suis dans la 88ème Division. Je n'ai jamais vu une déveine pareille sur les chevaux, tu me dit que la jument est tombée comme le cheval comment donc faire pour aller au lait avec les 3 chevaux tu ne pourras pas faire la tournée...tout cela m'ennuie beaucoup et on ne va pas en voir le bout. Quand tu voudras m'envoyer un petit colit le tien est bientot manger". Le régiment se déplace beaucoup , "l'on ne sait jamais rien".
18/04/1916
René est au repos à BLENOD-les-TOUL (54) avec Foucque : "Depuis que nous sommes avec les Anglais on est bien nourris. Ton ami qui t'embrasse ainsi que la petite fille et la grand-mère"
20/07/1916
René à AMIENS (80) : "Tu me dit que tu a culbutté de sur une charette de foin tu aurai bien attrapé du mal, mais ils ont peut etre vu la lune enfin quand on a pas de mal ces le principale mais moi ces toujours mon premier coup d'oeil mais depuis bientot deux ans je ne la vois pas souvant tous cela est pour rigolé en attendant un avenir meilleur...10 heures du matin, jespère dormir un somme car je me suis levé à 3 heures et j'arrive de corvée avec mais deux chevaux. De ce moment on est souvant parti car il faut charroyer des obus la nuit on ne peu même pas dormir tant que le canon tonne. Quand je n'ai pas de lettre je te fais une petite carte ce qui fais presque tous les jours""
18/08/1916
Alors que la bataille de Verdun fait rage, René écrit à Marie : "on ne peut tout de même pas toujours rester sur les mêmes positions ou bien la guerre ne finira jamais ...sous nos toiles de tantes on mouille comme dehors ses sur que l'on a la peau dure...toujours le même fourbi...Ton ami pour la vie""
01/10/1916
René est à ACHEUX (80), situé à une quinzaine de kilomètres d'ALBERT : "Tu me dis que tu as vendu ton veau pour 200 fr ça n'est pas bon marché. Pour les tournées de lait si on ne peut pas gagner sa vie on laissera le fourbi mais pour le moment faut continuer puisqu'on a les chevaux et la charette. On a fait des progrès et beaucoup de prisonniers on en viendra à bout mes c'est long". René espère une permission dans 15 jours. "On est pas très malheureux pas en danger je conte aller te souhaiter la bonne année"
24/11/1916
René est allé à la chasse avec son copain Trainaud : "on a tout de même rapporté un lapin...L'on recommence demain quand je suis à VERNANTES je nai jamais le temps. Je pense retourner en perm à la fin de décembre je ferai du sapin et si les laitons sont bons à vendre je les mènerais à Longué". (laitons=cochons de lait)
05/12/1916
René est cantonné à BERNEUIL-SUR-AISNE (60) : "secteur tranquille, sommes bien logés dans une petite chambre pour chaque pièce (12 hommes) et un poële. Nous sommes dans le patelin avec le 70ème ils rentrent des tranchées. Auguste Taveau notre caissier est venu me voir. Henri Vigreux dit qu'ici on trouve tous ce qui faut".
06/01/1917
René : "J'ai été voir la ville de Compiègne sa m'a couté une pièce de 5 fr on s'ennuie ici on n'a rien à faire. J'ai reçu une lettre de mon oncle de Longué il a mis un billet de 5 fr il n'est guerre généreux"
23/01/1917
Marie : "...dimanche, à la réunion, ils mont augmenté de 2 fr par jour aulieu de 6 fr pour la charette sa va faire 8 fr tu voies se n'est pas couteux de demandé...Mme Mallier m'a demandé de l'argent pour lui prêté je lui est dit que je n'avais pas 200 fr. " (signé femme Plaçais)
26/01/1917
René : "J'ai reçu une lettre datée du 23, les nouvelles marchent bien. Ils ton remis 2 fr par jour tu a bien fais de réclamé c'est toujours autant et de ce moment sa ne fais pas de trop fortes journées car il n'y a guerre de lait. Mme Maillet ta demandez de l'argent a emprunté ne fait pas ça car sa serait peut etre lui donner. Il fai toujours très froid pour la terre sa fai du bien pour plus tard surtout dans notre pays".
01/04/1917
Marie envoie une carte pour fêter le "1er avril" "il fait encore plus mauvais que comme tu étais la. Ernestine a écrit que Vigreux a apporté 3 paquets de tabac ton père était content l'on ne peut plus en trouver du tout. Ton amie qui tembrase de tout coeur"
30/06/1917
René : "Vivement l'autre mois que j'aille faire un tour au pays. Dans la Meuse, l'attaque est proche...faut espérer que tu va te mettre à rentrer une charette de foin tu me dis que le pain ne vaut rien qu'il rend bien malade, nous pendant quelque temps il était inmangeable il y avait moitié son...La nuit je rêve que je suis couché au près de toi".
René est cité à l'ordre de son régiment pour acte de bravoure individuel. Aucune allusion dans sa lettre à Marie : discrétion et grande modestie...
30/08/1917
René a visité VESOUL, le sommet de la Motte 289 mètres promenade à cheval. Il est cantonné à AUXON. "Marie, tu dis que Gabriel est venu s'offrire pour aller au lait il y a longtemps qu'il a idée d'aller au lait si tu voies que le père Donnet ne veux pas continuer tu a que de le gager il n'est pas encore près à partir".
12/09/1917
Marie : "dimanche on doit aller à NOYANT pour trouver de l'avoine avec ton père" (Noyant est distant de 15 km de Vernantes soit 30 km aller-retour en charrette). "On na du travaillle pendants qu'il fait beau aujourdhui je n'est pas le termps il faut me pardonner...sa menpeche pas de penser souvent à toi on na tant affaire il faudrait que tu serai en permission sa obligerai bien. Il est tombé de l'eau à verse beaucoup de foin avait du retard de fauche tous va etre perdu tous va mal. Ta Louise" (signé fe Plaçais).
07/11/1917
René : "passage à LYON, je voyage du côté de la frontière italienne 25 km à faire, de la neige. J'ai couché à Perosa Argentina en Italie le 4 novembre".
27/11/1917
René : "on est tous à l'arrière environs 25 km l'on fais la guerre au pinard et aux lapins et aux dindons. Hier soir nous avons manger un dindon de 12 livres en 12 que nous sommes à la pièce et but 34 litres de vin nous avons eu du mal à nous couchés sa fais partir le caffard."
20/01/1918
René après son retour de perm le 9 janvier :"il neige comme à Vernantes nous sommes bien près de notre poële. Les heures sembles longues... nous avons tous le caffard plus que jamais enfin espérons un avenir meilleur."
29/01/1918
Marie : "Ernestine vient veiller jeudi soir...une addition du mois : 930 fr de lait + 675 de la coche + 75 d'allocation + 100 de mon lait = 1780 fr".
04/04/1918
René de retour d'Italie : "sommes en voyages on est à Macon il est 4 heures on reprend le train à 5 heures pour LE BOURGET, notre corps d'armée, le 264è d'artillerie, doit aller dans l'Oise." Puis il participera aux combats sur la Somme et en Belgique (Nouvelle citation à l'ordre de l'armée)
16/12/1918
René a quitté le nord pour rejoindre le camp militaire de MAILLY (Oise). Il est à LIANCOURT ST PIERRE, "patelin de 500 habitants 20 km de marche, sommes cantonnés près d'une belle ferme qui élève des chevaux jument à 7 ou 8000 fr ce n'est pas dans nos pays que l'on voie cela...en route pour MAILLY en 6 7 étapes 15 km par jour."
08/03/1919
René à ARCIS-SUR-AUBE : "en route pour MAILLY, vivement le 26 que l'on parte peut etre le 27 à ANGERS je ne compte pas arriver avant le 28 à VERNANTES".
René fut cité 1 fois à l'ordre de son régiment et 3 fois à celui de son corps d'armée
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