BEUZON EDME PHILIPPE Evènements marquants de sa vie (1810-1878)

  1. 1810-1831

    • Edmé Philippe Pierre est né le 29 juillet 1810 à Villiers-le-Sec, petit village nivernais qui dépendait de la paroisse de Cuncy-les-Varzy. Sa naissance fut déclarée et enregistrée par son père, Noël Dominique, maire de la commune. Son prénom usuel, Philippe, lui fut probablement donné par son oncle et témoin, Philippe Millot, propriétaire au hameau de Charlay à Varzy et époux de Marie Véronique Beuzon.
    • Comme son frère "Joseph" Séverin Henri, son aîné de 2 ans et demi, il porta 3 prénoms, fait exceptionnel dans la famille, excepté Nicolas Laurent Jean, leur oncle, qui mourut dans sa 7ème année alors que sa mère, enceinte de 7 mois, portait leur père Noël Dominique. Rappel inconscient d'un évènement dramatique et d'une situation plutôt singulière, au plan généalogique?
    • Joseph et Philippe naquirent dans la maison de Jean Truchot, leur grand-père maternel, que leurs parents avaient acquise en 1806 à "titre de constitut et précaire". L'acte de vente précisait notamment que Jean Truchot, homme veuf, ne voulait "pas rester seul dans sa maison, ayant besoin à son âge de soins".
    • C'est donc dans une ambiance familiale chaleureuse que Joseph et Philippe grandirent ensemble, unis par des liens fraternels qui se consolidèrent certainement après la disparition brutale de leur mère, Agathe Truchot, en juin 1820, 1 mois après la naissance de leur petite soeur Agathe. Joseph et Philippe, âgés de 12 et 10 ans, durent éprouver beaucoup de chagrin, même si leur soeur aînée, Anne, qui n'avait alors que 15 ans, essaya de combler ce grand vide jusqu'en 1829, année où elle se maria et où ils atteignirent leur majorité.
    • Ce fut probablement Claude Barillot, leur beau-frère, cordonnier à Villiers-le-Sec, qui leur fit aimer le travail du cuir puisque Joseph apprit le métier de bourrelier et Philippe celui de tanneur. Il fallait être de constitution robuste et fort de caractère pour choisir un métier aussi pénible mais cependant répandu dans une région d'élevage parcourue par de nombreux ruisseaux et rivières indispensables pour laver et traiter les peaux. Les deux frères firent peut-être leur apprentissage dans une petite tannerie locale ou à Clamecy, ville située au confluent de l'Yonne et du Beuvron, près d'un bief important du Canal du Nivernais, et haut lieu du commerce fluvial en tous genres (bois, vins, peaux ...) à destination de Paris.
    • Il est étonnant de constater que Joseph et Philippe n'aient pas décidé de suivre la voie "toute tracée" de leur père, laboureur et propriétaire d'une ferme importante, à un moment délicat où la situation politique, économique et sociale de la France était très inquiétante : avènement de la Monarchie de juillet 1830, révolution industrielle et exode rural. Leur père avait dû alors contracter une dette de 400 francs.

      Les 3 enfants majeurs quittèrent la ferme familiale à leur majorité
      mais au plus mauvais moment pour leur père, veuf avec encore 2 enfants mineures à élever.
  2. 1832-1853


    • En juin 1832, lorsque Noël Dominique Beuzon décida de "délaisser" les biens mobiliers et immobiliers de sa défunte épouse, comme le lui permettait leur contrat de mariage, Philippe, "commis tanneur, domicilié de droit à Villiers-le-Sec", devait déjà habiter au 16 rue Censier à Paris, 5ème arrondissement. Il reçut le 4ème lot par tirage au sort, comprenant un peu plus d'un hectare de terres labourables et "2 pièces de prés". Le père et le fils, au caractère bien trempé, durent probablement s'affronter à l'occasion de ce partage anticipé, si l'on en juge par leurs signatures apposées en bas de l'acte notarié.
    • 17 mois plus tard, il n'assista pas à l'inhumation de son père, le 25 novembre 1833, mais il fut présent à la vente aux enchères publiques de tous ses biens mobiliers, y compris de son "habillement d'usage". Contrairement à sa soeur et à son frère, il n'acheta rien, pas même la casquette de son père adjugée 1 franc et 40 centimes. Au début de l'année 1834, sur les actes notariés de la déclaration de succession, sa signature précéda presque toujours celle de Joseph, ce qui tendrait à prouver qu'il "dominait" et influençait son frère aîné dans ses décisions.
    • Dès la fin janvier 1834, Joseph suivit son frère à Paris et devint, comme lui, commis marchand de charbon dans le quartier-est de St Antoine-Charanton, parmi les "bougnats" auvergnats. Ils oublièrent donc leur dur métier d'origine, espérant faire fortune en vendant dans les rues du charbon chargé sur une charrette tirée par un chien ou un cheval .Mais ce métier sale et saisonnier avait des contraintes : il fallait décharger, transporter et mettre à prix le charbon dans les 3 jours pour empêcher toute spéculation.
    • Simples commis, de la rue Traversière où ils demeuraient, Joseph et Jean descendaient sur les quais proches de Bercy pour s'approvisionner en charbon, pour le compte de leur maître marchand. Les entrepôts côtoyaient ceux des vins, des bois et de toutes sortes de matières premières dont les industries naissantes étaient très demandeuses. Sous l'impulsion de Guizot, la production minière se développait énormément, et le métier de marchand de charbon était très prospère.
    • La modeste charrette à bras ou le cheval de Philippe devait parfois avoir besoin des services d'un maréchal-ferrant forgeron.... C'est probablement dans ces circonstances qu'un jour il fit la connaissance de Guy CAVERY qui habitait au 16 rue de Bercy et de sa fille, Marie-Louise.... Les Cavéry, orginaires de Montbard, en Côte d'Or, avaient émigré à Paris sous la Restauration.

      Coup de foudre? Peut-être...Le 28 octobre 1837, à Bercy, Edmé Philippe Pierre Beuzon , 27 ans, épousa Marie-Louise Cavéry, 15 ans et 6 mois.

      Son acte de mariage révèle qu'il a menti "sous la foi du serment" (tout comme ses 2 témoins dont son beau-frère originaire de Villiers-le-Sec) en affirmant qu'il était "dans l'impossibilité de produire le consentement ou les actes de décès de ses ayeux paternels et maternels, attendu qu'il ignorait le lieu de leur dernier domicile ou celui de leur décès". Le règlement de la succession de ses deux parents auquel il assista ainsi que son contrat de mariage dont une clause importante rappelle ses 2 parts d'héritage paternel et maternel, prouvent amplement le contraire. Avait-il effacé toute trace généalogique de son passé?

    • Deux jours auparavant, ils avaient signé leur contrat de mariage qui envisageait l'éventualité d'un fonds de commerce. Peu de temps après, Philippe vendit tous les biens hérités de ses deux parents, preuve évidente qu'il s'installa comme marchand de charbon, en probable association avec son frère Joseph qui apporta sa propre part de capital.

      C'est alors que leurs deux jeunes soeurs, Catherine et Agathe, les rejoignirent à leur majorité et se marièrent avec leurs compagnons nivernais.

      La fratrie se regroupait autour des 2 "grands frères". Bel exemple de solidarité familiale!
    • Philippe et Marie-Louise donnèrent à leurs 4 enfants (nés entre 1839 et 1845) des prénoms "de la famille" : Marie-Louise (côté maternel), Valentine Agathe, Louis Dominique et Eugène (côté paternel). Le logement étant devenu trop petit, la famille déménagea au 28 rue St Louis, dans l'Ile St Louis, derrière Notre-Dame. D'après "Les ballades parisiennes de l'Oncle Jérôme" de Michel Ostertag, cette rue St Louis était "l'artère commerçante du quartier. Autrefois, cabaretiers, limonadiers, épiciers, marchands de tonneaux, de vin, de charbon proposaient aux chalands leurs produits tandis que les arrière-cours servaient d'ateliers aux lingères, repasseuses, maçons…" Philippe Beuzon a donc exercé son métier de marchand de charbon précisément à l'adresse actuelle, en 2007, du restaurant "L'Orangerie" de l'acteur Jean-Claude Brialy et son épouse celui de lingère.

      L'arbre généalogique avait donc repris "ses droits" dans le choix des prénoms des enfants de Philippe, comme de ceux de Joseph : Victor Philippe, Louise, Louis Dominique et Louis.

    • Vers 1843, la fratrie se regroupa dans les actuels 3è et 4è arrondissements, au coeur de Paris. Le fonds de commerce des deux frères devait être prospère. Mais à l'approche de la Révolution de 1848, la situation politique, économique et sociale se dégrada. Une grave crise agricole secoua la France en 1846 et provoqua des troubles sociaux. Philippe quitta l'Ile St Louis, où les taxes d'octroi à l'entrée des ponts devaient sans doute gruger son commerce, pour aller habiter 15 rue des Lombards (actuel 4è arrondissement). Le 23 février 1848, Philippe se mêla peut-être à la foule des émeutiers qui dressèrent des barricades et s'emparèrent de l'Hôtel de Ville toute proche. Après la courte aventure des "Ateliers nationaux" qui employèrent les chômeurs "à ne rien faire" , les "journées de juin" qui furent réprimées avec violence par le général Cavaignac (5000 morts dont 1500 exécutions sans jugement, 17000 émeutiers emprisonnés et 15000 déportations en Algérie), constituèrent, avant la Commune, la première tragédie de l'histoire du mouvement social français contemporain.
    • A tous ces évènements nationaux qui touchèrent gravement la profession de Philippe, s'ajoutèrent des malheurs familiaux : Louis Dominique décéda le 4 septembre 1847. La famille dut déménager de nouveau puisque Valentine Agathe décéda le 22 février 1849 8 rue des Francs-Bourgeois, le jour du. dixième anniversaire de sa soeur aînée Marie-Louise. Triste souvenir pour mon arrière-grand-mère qui restait seule avec Eugène, son petit frère de 4 ans, témoins d'une mésentente grandissante entre leurs parents.

      Noël Dominique Beuzon avait connu les "Trois Glorieuses" et l'avènement de Louis Philippe, son fils, Philippe, vécut de très près les 3 "journées de juin" 1848 et l'arrivée au pouvoir de Louis Napoléon.

      1847-1849, fut une période noire pour Philippe, soit 17 ans après les déboires de son père entre 1830 et 1832. Mêmes causes, mêmes effets.

      Troublante répétition d'évènements similaires à intervalles réguliers!
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    • Son métier de marchand de charbon ne pouvant faire vivre sa famille qu'en hiver, peut-être Philippe décida-t-il de retourner dans son pays natal pour faire les "travaux des champs" comme manouvrier, pendant l'été? La rupture étant consommée avec son épouse, Philippe resta définitivement à Villiers-le-Sec et, le 3 juillet 1853, il demanda une copie conforme de leur acte de mariage en vue d'une probable séparation de corps, le divorce étant interdit. Il abandonnait sa femme et ses deux jeunes enfants dans la tourmente parisienne. La déclaration de mutation après son décès en 1878 prouve clairement qu'il quitta Paris "sans un sou vaillant".

      Son aventure parisienne se terminait par un échec professionnel doublé d'un échec familial et conjugal.
  3. 1854-1878

    • Le recensement de 1872 révèle qu'il vécut une vingtaine d'années chez sa "grande soeur" Anne et son mari, Claude Barillot, cordonnier, qui possédaient une maison dans la rue de la Chapelle, voisine de la ferme de leur défunt père. Plus tard, il loua une maison proche et acheta à sa soeur un pré-jardin d'environ 5 ares qu'il cultiva jusqu'à la fin de ses jours.

      Il est décédé le lundi 16 décembre 1878 à 8 heures du matin et fut inhumé le 17, soit 3 mois après sa fille Marie-Louise
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    • L'étude très attentive du règlement de sa succession par Me Ducaroy, notaire à Varzy, nous a fait découvrir un état d'esprit plutôt singulier dans les rapports familiaux :

      Si sa femme se déplaça exprès à Villiers-le-Sec pour assister à la "prisée" des objets mobiliers et immobiliers, par contre les autres requérants (son frère Joseph et ses deux sœurs Anne et Agathe) se firent représenter par Augustin Barillot, aubergiste à Villiers-le-Sec, fils d'Anne Beuzon qui habitait à Billy-sur-Oisy, village distant seulement d'une quinzaine de kilomètres. Pour raison de santé, peut-être, à 73 ans. A part son pré-jardin, il ne possédait que quelques milliers de francs « en deniers comptants ».

      La vente aux enchères rapporta près de 660 francs qui furent répartis sur place. Elle révèle qu'Augustin Barillot n'acheta que quelques articles sans importance, ayant surtout un rapport avec sa profession d'aubergiste. Tout le reste fut vendu à des personnes étrangères à la famille proche.

      La vente aux enchères des biens mobiliers de Philippe Beuzon en 1879
      reproduisait donc à l'identique celle de son père, Dominique, en 1834, soit 45 ans plus tard.
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      Sa veuve reçut la moitié des biens (contrat de mariage oblige) et l'autre moitié, moins l'usufruit, revint à son frère, Joseph et à ses deux sœurs Anne et Agathe (solidarité fraternelle oblige!), "habiles à se dire et porter héritiers de M. Beuzon". Officiellement, ce fut donc une "succession collatérale".

      Leur contrat de mariage stipulait qu'ils vivaient sous le régime normal de la communauté, réduite aux acquêts, avec séparation des dettes et hypothèques. Philippe avait apporté 2900 francs et son épouse 2000 francs. Celle-ci récupéra cette "reprise" personnelle.

      De plus, ils se faisaient une « donation entre époux de l'usufruit de tous leurs biens qui serait réduite à moitié toujours en usufruit en cas d'existence d'enfants ».

      Or, la dernière partie de cette clause n'a pas été évoquée ni retenue dans la déclaration de succession. Personne dans cette grande famille ne pouvait ignorer l'existence de Marie-Louise : certainement pas les parents, évidemment, ni leurs notaires respectifs auprès desquels ils avaient rédigé leur consentement à son mariage en 1874. Ils devaient aussi connaître l'existence de leur petit-fils, Philippe-Baptiste, et de leur fils, Eugène, gérant d'un bal-restaurant rue de la Gaîté à Paris entre 1884 et 1886, situé à l'emplacement actuel d'un hôtel.

      Le règlement de sa succession cacherait donc un déni d'existence d'héritiers légitimes spoliés en la personne de son fils et de son petit-fils.

    "Jardinier rentier", Philippe Beuzon était revenu vers son petit village natal où il avait repris le métier de la terre, celui de ses ancêtres.
    Certes, il s'était réconcilié avec son arbre généalogique, mais il avait brisé tout lien avec sa descendance.
    Triste bilan, lourd de conséquences.