Signature de Guillaume LE CHAT (1575 ?-1626 ?) Ce qu'elle nous révèle (peut-être) ...

Selon les graphologues, la signature révèle ce qu'il y a "de plus essentiel dans la personnalité profonde d'un individu ou, au contraire, dans certains cas, la vision que l'on a de soi et que l'on veut donner à autrui".
En comparant la signature de certains de nos ancêtres, on s'aperçoit qu'elle a varié, changé, à l'occasion d'évènements heureux ou malheureux de leur vie, comme si elle avait été le reflet de leur personnalité ou de leur état d'âme du moment.

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Son histoire

1596
Ce qui frappe d'emblée, dans cette signature, c'est sa hauteur disproportionnée par rapport au contexte et même à celle du curé Pichot, et sa verticalité rigide. Guillaume a visiblement peiné à écrire ses lettres, les unes après les autres, avec application, en ordre serré. La pointe étriquée de la hampe inachevée de son "h" monte très haut et son jambage hésitant et très appuyé descend en arrondi vers la gauche, seul petit signe de souplesse. Le paraphe final est mystérieux : à partir de la pointe du "t" final, il trace un trait oblique en forme de "L" qui tombe comme un harpon, sur lequel est accroché un grand "8" ou un "S" à l'envers tracé de droite à gauche. Ce paraphe devait avoir une signification précise pour Guillaume. C'était "sa" marque distinctive et originale. Il a signé "Lechat", en un seul mot, alors que le prêtre a écrit "Le cat" (faute d'orthographe plutôt bizarre !). Le patronyme, symbole de la famille, domine le prénom réduit à la lettre majuscule "G" dont la pointe amorce un timide "u" suivi d'un "l", le tout laissé en suspens.
Cette haute signature, droite et rigide, semble révéler chez ce jeune marié "sieur de la croix", une volonté de s'affirmer, de montrer de l'autorité. Il veut en imposer à tous mais il manque apparemment de souplesse, de maturité et de confiance en soi. Il a peut-être voulu imiter les nobles de l'époque qui, tels les seigneurs de Jalesnes, avaient une ample signature qui s'étalait presque sur toute la largueur de la page du registre paroissial.
1611
Cette belle signature est plus élaborée, plus souple, aux lettres mieux formées avec boucles, pleins et déliés, penchées vers la droite, d'égale hauteur sauf le "h" dont le jambage, toujours aussi hésitant, est plus long et soutient la première partie de la signature (habitude qui sera reprise par la plupart des descendants de Guillaume comme, par exemple, son fils Charles). La fin du patronyme ("at") chute toujours maladroitement. Cette signature digne d'un seigneur, apposée au bas de l'acte de baptême de Jehan Moreau, le 24 juin 1611, domine largement celle des témoins Louis Adeline, Louis De La Follye, maître-chirurgien, J.Bruneau et Godin, prêtres, Jehan Nicier et Me Tranchant notaire royal. Contrairement à la signature de 1596, elle est placée volontairement à droite, position relativement rare qui dénote une certaine désinvolture, une volonté de bousculer les convenances.
Un détail intéressant confirme cette impression : Jehan Bruneau a sans doute imité Louis De La Follye, en ajoutant de sa main "ausy parain nominatif"sous sa signature bien enveloppée par un long paraphe protecteur. Pour se distinguer et marquer sa différence, Guillaume Lechat a choisi d'écrire "ausy para(i)n notoire", c'est-à-dire "reconnu comme tel", suivi, en-dessous, d'un mot raturé ("ami"?). Ces quelques mots représentent le seul exemplaire de l'écriture courante que nous ayons de Guillaume : ils prouvent qu'il avait une bonne vue, qu'il écrivait "normalement" et que sa signature volontairement surdimensionnée révèle un sentiment d'orgueil et une surestimation de soi cachant sans doute un complexe d'infériorité.
1615
Le 2 mars 1615, Guillaume était présent comme simple témoin au baptême de Charlotte, fille du sieur de Mareil. Les parrain et marraine n'ayant su signer, il a imposé la sienne, au milieu, très appuyée et irrégulière cette fois-ci, entourée de celles du curé P. Pichot et des trois prêtres J. Bruneau, N. Tranchant et M. Tranchant. Contrairement à l'habitude, il a enserré sa signature dans un très long paraphe arrondi, crochu à droite et se terminant par une pointe verticale hésitante qui remonte assez haut à gauche. Un jambage bien marqué en-dessous coupe la signature de M. Tranchant. Détail troublant : il semble avoir apposé dans la boucle la même abréviation en 3 lettres pour "prêtre" (?) que celle qui suit la signature de M. Tranchant...Bizarre pour un "sieur de la croix" Me marchand et père de famille! Ou est-ce l'abréviation de "présent"? On dirait que Guillaume a cherché à imposer sa signature en l'isolant de celles des autres. Peut-être est-ce le signe révélateur d'une question de préséance entre les 4 représentants de l'Eglise et lui, "sieur de la croix"? Ou bien cherchait-il à se différencier d'eux en montrant ostensiblement qu'il représentait une "autre" autorité? Une provocation, un excès d'orgueil?
1623
La dernière signature connue de Guillaume n'a pas perdu de sa superbe! A noter que les lettres sont très appuyées et rigides en particulier le "h" qui porte une bavure en son milieu. La fin est toujours aussi faible : le "a" est hésitant et mal formé, signe tangible de relâchement et de difficulté pour écrire mais le "t" semble se libèrer donnant un air de légèreté à la signature. Le prénom reprend de l'élégance, de la vigueur et de l'importance, signe de l'affirmation de la personnalité de Guillaume à la fin de sa vie.

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Guillaume LECHAT a sans doute éprouvé de réelles difficultés à affirmer sa personnalité tout au long de sa vie. Sa signature en est le reflet apparent : elle a gardé sa rigidité, les lettres qui la composent ont des pleins et des déliés très appuyés qui trahissent des efforts pénibles et constants. Il a probablement souffert de sa timidité et de sa maladresse à exprimer sa vraie nature plutôt complexe, semble-t-il. Les graphologues diront que sa signature aussi disproportionnée et imposante comparée à son écriture courante est la manifestation évidente d'un sentiment d'orgueil et d'une surestimation de soi. Sa loyauté envers le patronyme qu'il porte haut est restée sincère jusqu'à la fin de sa vie mais l'affirmation de son prénom atteste aussi que Guillaume a probablement réussi à épanouir sa personnalité somme toute orgueilleuse, fière, voire hautaine, mais aussi timide, constante et dure dans l'effort et généreuse eu égard aux nombreux baptêmes auxquels il a assisté comme parrain ou comme simple témoin.

Une belle signature, reflet d'une belle personnalité.