BEUZON Dominique et la mairie de Villiers-le-Sec, 58

Le 16 juillet 1815, Dominique Beuzon est l'objet d'une pétition rédigée par son adjoint, pro-royaliste , un certain Dappoigny, et soutenu par une partie de la population.

Rappelons que Louis XVIII rentre à Paris pour la seconde fois le 8 juillet... et que Napoléon a été transféré le 3 juillet à Plymouth en Angleterre.


Sa situation en 1815 :
  • Dominique est père de 7 enfants en bas âge (entre 12 et 3 ans)

  • Il a 40 ans et Agathe Truchot, sa femme, 32 ans.

  • Ils sont mariés depuis 1803

  • Leur ferme se situe près de la Maison commune et de la chapelle

  • Son ascendance généalogique : cliquer ici
  • Arborescence et fiche familiales

  • A / Ce que nous savons de sa participation à la vie municipale :

    1. 1808 : Dominique devint maire de Villiers-le-Sec, à la suite de Gilles Courot. C'est le premier renouvellement en application de l'arrêté du 19 fructidor an 10 (2 septembre 1802).
    2. 1810 : En sa qualité de maire, il signa l'acte de naissance de son fils Edmé Philippe, le 29 juillet.
    3. 1811 : En sa qualité d'adjoint au maire de Villiers-le-Sec, il procéda au mariage de Jean Sectoret et de Marie Paillard le 28 février 1811 et à celui d'Antoine Gireau et de Jeanne Paillard le 13 mai 1811.
    4. 1813 : Jean Truchot, son beau-père, nommé pour 5 ans, démissionna de sa fonction de maire en 1813 et le désigna pour le remplacer.
    5. 1813 : Dominique Beuzon devint maire en remplacement de Jean Truchot, son beau-père (qui mourut le 27 mars 1814).
    6. 1815 : Année de troubles et de changements administratifs. En mars, retour de Bonaparte. Dominique fut alors probablement élu en application de l'"acte additionnel aux constitutions de l'empire du 22 avril" (la pétition y fait allusion). Le 28 octobre, il fut démis de ses fonctions, ainsi que son adjoint, sur décision préfectorale et remplacé par Louis Paillard. (chapitre B ci-dessous)
    7. 1818 : Le 5 mars, il fut nommé membre du conseil municipal.
    8. 1820 : Le 4 avril, à la naissance de sa fille Agathe et le 25 juin, à la mort de son épouse Agathe Truchot, il était conseiller municipal.
    9. 1829 : Il était membre du conseil municipal au mariage de sa fille Anne.
    10. 1832 : Il fut nommé répartiteur, "en 2ème position", à la place de Simonot Edmé. (Louis Paillard était alors maire comme en octobre 1815).
    11. 1833 : A sa mort, en novembre, il était conseiller municipal.
  • B / Pourquoi fut-il démis de ses fonctions de maire par le Préfet de la Nièvre, fin octobre 1815 ?

    1. Sources : Extraits du dossier "Administration Générale du département. Elections" (Série M, Archives départementales de la Nièvre).
    2. Objet :

      Le 16 juillet 1815, une pétition, rédigée par l'adjoint au maire de la commune de Villiers-le-Sec et signée par 3 conseillers et quelques habitants (au total, 14 signatures), contre "le sieur Beuzon Dominique, ancien maire", fut adressée au Préfet de la Nièvre.

      Les pétitionnaires dénonçaient le fait que Dominique Beuzon, "venait de reprendre ses fonctions de maire au bénéfice de la loi", qu'il y était "parvenu par intrigues et bassesses" et qu'il "avait fait commerce de sa place… Le vœu du bon et légitime Roi était assurément d'être entouré de fonctionnaires justes et sages". De plus, Dominique ne payait que "15 francs d'impôt et ne savait pas écrire".

    3. Les faits qui étaient reprochés au maire en exercice :

      En 1814, lors du passage d'une "compagnie de chasseurs du 11ème", concernant l'hébergement des militaires, certains habitants "furent mal partagés". Pour la nourriture des chevaux, le maire acheta avoine et foin et "toucha les bons du gouvernement à son profit".

      Pour l'entretien des chemins vicinaux, le maire avait pris les décisions "seul, sans conseil municipal, quoique ne sachant que signer, en ne rendant aucun compte"…

      L'adjoint accusait le maire de s'être "approprié un mur de clôture qui entourait environ 10 perches de terrain attenant à la chapelle où les habitants allaient à la messe. Ce lieu était autrefois un cimetière, de sorte qu'il était devenu un champ. Il avait vendu les pierres du dit mur et en avait mis le prix dans sa poche "…

      L'adjoint, "vexé", demandait tout simplement au Préfet qu'il les "débarrasse de ce maire, avide et attisé, indigne de leur confiance et de la place qu'il occupait"…Il proposait comme maire "le plus fort cotisé, payant le quart des impôts fonciers de la commune, le plus probe et dévoué à la famille royale…"

    4. Réaction du maire, Dominique Beuzon :

      Le 19 août 1815, il écrivit au Préfet pour lui demander instamment de remplacer son adjoint qui refusait "opiniâtrement de l'aider, par animosité, par malveillance ou pour tout autre motif inconnu, dans l'administration de la commune…dans le moment actuel où il était exposé à de fréquentes réquisitions et à un passage continuel de troupes tant alliées que françaises."

    5. Réaction de M. DUPIN, Sous-préfet :

      Le 16 septembre 1815, celui-ci informa le Préfet que le conseil municipal ainsi que les habitants étaient partagés à propos de ce différend. Il suggéra que Monsieur MARTIN, adjoint du maire de Varzy, soit chargé d'une enquête.

      Dans une lettre adressée au Préfet le 2 octobre, l'adjoint du maire de Villiers-le-Sec, se plaignit que l'enquête de M. Martin fût "trop lente", laissant "aux délinquants" le temps de "corrompre les autres"…

    6. Enquête de Monsieur Martin à Villiers-le-Sec :

      Celui-ci échoua dans sa tentative de réconcilier les deux protagonistes. Les 16 et 20 septembre 1815, il posa une dizaine de questions aux habitants sur les sujets suivants que nous résumons :

      • a / Le maire avait bien commandé le "pillage" de certaines maisons désertées par leurs propriétaires dans la nuit du 21 au 22 juillet, pour approvisionner un régiment de cavalerie autrichien attendu le lendemain. En anticipant les conséquences de l'arrivée de cette troupe étrangère redoutée, le maire avait voulu protéger ses administrés et les empêcher de quitter leurs maisons.
      • b / Outre le vol de plusieurs poules, de l'orge et du vin appartenant à la commune furent réquisitionnés (volés ?) et emportés par les Autrichiens qui campaient en contrebas du village.
      • c / Le maire s'était "permis de rassembler son conseil municipal à la maison commune et chez lui, le plus souvent sans autorisation". Mais les habitants reconnurent que, compte tenu des circonstances, "ce n'avait été que pour objet d'utilité publique".
      • d / Le maire avait bien "pris une vache à lait en réquisition" à un administré, l'avait "gardée chez lui"" et en avait "fourni une autre à la place"; mais cet échange s'était fait en présence de plusieurs membres du conseil. Sur l'avis de "deux experts choisis par les deux parties", le maire avait payé "12 francs de plus-value" car les deux vaches avaient des valeurs différentes.

        e / Le maire avait effectivement donné fromages, œufs, poulets et beurre à des particuliers, dont l'adjoint accusateur, qui hébergeaient des militaires. Le maire avait offert de payer les habitants auxquels il délivra des reçus, ce qui fut reconnu unanimement.

      • f / Pour ce qui est du mur attenant à la chapelle, et dont il vendit les pierres et "en empocha le prix ", d'après l'adjoint, le maire avait toujours pensé qu'en achetant le terrain de la Chenevière à Monsieur De La Varenne, il avait aussi acheté le mur, "en ruines et qui occupait beaucoup trop de terrain inculte". Il s'engageait, en toute bonne foi, à "le faire reconstruire à l'amiable".

      Monsieur Martin en tira les conclusions suivantes qu'il transmit au Sous-préfet :

      • a / Il n'y avait "aucun doute quant à la probité et à l'honnêteté du maire".
      • b / Toutes les plaintes déposées étaient "en rapport avec les réquisitions que tous les maires de l'arrondissement eurent à faire pour la subsistance des troupes et nécessaires" en de pareilles circonstances.
      • c / Cependant, le maire "avait commis des erreurs attribuables à la nature des circonstances et au manque d'habitude de la comptabilité. En outre, "il s'était écarté de la ligne de ses devoirs et avait fait défaut de force morale difficile à rencontrer chez quelqu'un dans de telles circonstances".
      • d / Eu égard à la terreur inspirée par la présence de troupes étrangères, le maire avait agi spontanément pour le bien de ses administrés. De plus, il ne pouvait pas être tenu pour responsable des nombreux "changements administratifs et au renouvellement du maire qu'avait opéré le retour de l'usurpateur heureusement rentré dans l'asile d'où il n'aurait jamais dû sortir"…
      • e / "La probité de l'adjoint était égale à celle du maire, mais son entêtement envers ce dernier et envers tous les maires précédents laissait craindre une entente future impossible à envisager et une reprise des plaintes.
    7. Avis de deux maires voisins sollicités par le Sous-préfet le 22 octobre 1815 :

      • a / L'opinion du maire de CUNCY-LES-VARZY était qu'il était "difficile de trouver à Villiers-le-Sec un individu capable de remplir les fonctions de maire, sachant lire et écrire".
      • "Le maire de Villiers-le-Sec n'avait manqué ni de zèle, ni d'amour pour ses administrés. Il avait maintenu l'ordre dans son village, contrairement à ce qui s'était passé ailleurs, à un moment où la fonction de maire était dure à assumer. Dominique Beuzon était "intimement dévoué à l'auguste famille du roi".

      • b / Le maire de COURCELLES insista dans sa réponse sur les soupçons sans fondement concernant l'opinion politique du maire de Villiers-le-Sec soi-disant "contraire au gouvernement royal". Au cours de ses fréquentes conversations avec Dominique Beuzon, celui-ci "avait toujours paru regretter le gouvernement des Bourbons" et être "tout à fait ennemi de celui de Bonaparte".

        Il exprima sa conviction qu'"Il avait servi cet usurpateur pendant son invasion mais seulement par finesse, pour tromper ses partisans".

  • C / Epilogue de cette histoire communale :

    • 1 /En date du 23 octobre, le Sous-préfet DUPIN proposa au Préfet les noms des deux mêmes personnes que les maires de Cuncy et de Courcelles avaient suggérés à sa demande, pour remplacer Dominique Beuzon et son adjoint, en précisant bien que "l'ancien maire devrait rendre des comptes" au nouveau nommé.
    • 2 / Le 28 octobre Dominique Beuzon et son adjoint furent démis de leurs fonctions par décision préfectorale, précisément au moment où venaient d'être votées les lois d'épuration de la fonction publique et de répression envers les Bonapartistes, en particulier.
    • 3 / Il faut rappeler que, conformément à l'ordonnance royale du 24 juillet 1815, M. Dupin, qui s'était fait nommer sous-préfet dès le début du mois, dressa une liste de proscription. Le général napoléonien Allix fut exilé le 20 octobre 1815 dans le Doubs puis emprisonné à Paris le 6 février 1816, assigné à résidence à Decize en 1819 et enfin autorisé, en octobre 1824, à revenir habiter son château de Bazarnes, à Chivre, village qui dépendait de Courcelles.

      Or, la famille proche et collatérale de Noël Dominique, implantée à Chivre depuis des générations, fut attachée au service des propriétaires de ce château comme laboureurs, marchands, meuniers, fermiers et métayers. Une affinité politique (voire affective) devait probablement exister entre le général Allix et la famille de Noël Dominique.

      Louis Claude, son cousin, fut même le greffier du général Allix auquel il confia la tutelle de ses deux enfants mineurs à son décès en novembre 1826 et demanda de protéger sa jeune épouse contre son propre frère, Simon Beuzon, maire de Courcelles, dans une sinistre affaire familiale liée directement au violent conflit qui opposa Allix à Dupin père, sous-préfet de Clamecy, à propos de l'incendie des maisons de 7 de ses domestiques à Chivre en mai 1823, suivie d'une sombre affaire de détournement concernant la vente de 200 arbres destinée à secourir les victimes. Simon Beuzon soutint l'action de Dupin.[38]

      On peut donc avancer l'hypothèse d'un réglement de compte sans merci entre Bonapartistes ou pro-bonapartistes et Royalistes fidèles ou "de dernière heure" dont furent victimes notamment Noël Dominique et sa famille, entre 1815 et 1827.

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